‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 102 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

collèges ou maisons religieuses en nombre étonnant, de sorte que, à lui seul, on peut et on doit le dire, il fait le travail de trois ou quatre. Aussi la réputation de ce digne Père entre-t-elle pour beaucoup dans ses œuvres et leur succès. Au Puy et ailleurs il n'est guère connu et nommé que sous le nom du saint PèredeBussy.» (14 Juin i84G.)Le clergé du Puy l'entendit pour la première fois en 1835, et une dernière fois en 1851; dans cet espace de dix-sept années se placent cent dix à cent quinze retraites pastorales. Lui-même écrivait dès 1837: « Ces retraites m'occupent, tous les ans, quatre mois tout entiers. » Des faits sans nombre attestent l'ascendant extraordinaire de la parole de ce fervent religieux en qui on croyait voir revivre saint François Régis. Partout où il était annoncé, les prêtres, aussi bien que les fidèles, accouraient en foule que les locaux accoutumés ne pouvaient contenir. A Clermont, par exemple, deux cent cinquante sont attendus, il en arrive quatre cents ;à Angers plus de cinq cents sont venus, et il faut les réunir dans une église de la ville, la chapelle du Séminaire ne pouvant les recevoir. A Cambrai, sur la fin de la retraite, l'archevêque entouré d'une députation du clergé, va exprimer sa reconnaissance au prédicateur et, suffoqué par l'émotion, se met à genoux et le force à donner sa bénédiction. A Périgueux l'évêque, Mgr Massonnais, celui que l'on appelle encore Mgr George, ancien élève de Sainte-Anne d'Auray, lui dit devant toute l'assemblée : « Mille grâces, mon révérend Père, à vous qui, après avoir été le guide de mon adolescence, m'avez aidé à porterie fardeau de l'épiscopat. » Puis s'adressant à ses prêtres : « Tout ce que je suis, je le dois après Dieu à la Compagnie de Jésus et à l'excellent Père que vous voyez1. »

Le Père Maxime de Bussy mourut le 7 avril 1852, âgé de soixante ans et quelques jours. On vit se reproduire autour de sa dépouille ce que l'histoire raconte des saints les plus populaires. Pendant trois jours son corps resta

i. Litt. ann. Prov. Lugd. i846, p. 5g.

exposé à la vénération publique. Avant de le déposer dans l'humble cimetière de Vais, il fallut le porter en grande pompe à la cathédrale du Puy, où furent célébrées les funérailles, avec un immense concours du clergé et de la population. Un an plus tard il fut exhumé et ramené en ville à la chapelle de Saint- Valère, centre des œuvres du Père de Bussy, où, pendant près de vingt ans, il avait exercé un apostolat fécond en prodiges. Il est hors de doute qu'en d'autres temps l'homme de Dieu eût été canonisé par le suffrage populaire1.

Gomme prédicateur de retraites ecclésiastiques, le Père Pierre Ghaignon fournit une carrière plus étonnante encore. Elle dura trente-trois ans, pendant lesquels il évangélisa,à bien peu d'exceptions près, le clergé de tous les diocèses de France. D'après son biographe, il aurait prêché, en chiffres ronds, trois cents retraites pastorales. De fait, au tableau de ses ministères, dressé année par année, on en trouve la plupart du temps huit à dix et souvent douze ettreize. Chacune d'elles exigeantune semaine, il n'était pas possible d'en placer davantage dans les trois mois d'été que l'on y pouvait consacrer. Le prédicateur n'avait que juste assez de loisir entre l'une et l'autre pour faire ses voyages. Il fallait un tempérament de fer pour résister à un tel surmenage. « Je trouve, mon cher Père, lui écrivait l'archevêque de Besançon, Mgr Mathieu, que, pour vos retraites pastorales, vous en prenez beaucoup trop, que vous vous tuez et que, au lieu du chiffre néfaste de treize, il faudrait vous borner au nombre si aimable de la demi-douzaine. » (20 Août 1844.)

Les instances dont il était poursuivi, non plus que son propre zèle, n'eussent pas permis au Père Ghaignon de s'en tenir à cette mesure. Le don qu'il avait reçu du ciel pour l'apostolat des prêtres le désignait si manifestement

i. Cf. L.-J.-M. Cros, Une famille d'autrefois. Relation de la mort et des funérailles du P. Maxime de Bussy, pp. 6o3 et suiv. Toulouse, Regnault, 1873.

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