‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 15 sur 324 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

dans le public, est pour le moment nécessaire au Gouvernement fort embarrassé. Gela se conçoit... » (27 Octobre.)

Ges derniers mots renferment, croyons-nous, l'explication adéquate des faits que nous venons de raconter et qui furent alors pour la France catholique un sujet d'étonnement, de douleur, osons le dire, de scandale : capitulation apparente du Saint-Siège, concessions réelles des Supérieurs de la Compagnie de Jésus, puis silence de ceux-ci et de celui-là en face du mensonge qui prend pied dans l'Histoire. Tout cela était « nécessaire » pour tirer d'embarras un Gouvernement que son manque d'énergie et de franchise avait engagé dans un mauvais pas. Si on ne lui eût facilité une retraite honorable, qu'il put même décorer du nom de victoire, il lui fallait, malgré qu'il en eût, partir en guerre contre des couvents, et de ces sortes d'expéditions les gouvernements monarchiques, pour ne pas parler des autres, ne retirent ni honneur ni profit.

« Peut-être, écrivait à ce moment le comte Franz de Ghampagny, le Général des Jésuites lui a-t-il épargné (au Gouvernement) de grands malheurs. Les actes de violence contre l'Eglise ont toujours mal réussi aux nations. Les cours de l'Europe étaient bien paisibles et se croyaient affermies, lorsque dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, elles proscrivirent la Compagnie de Jésus. Avant que le dix-huitième siècle fût fini, la royauté de Louis XVI était tombée, la France avait passé par la tyrannie révolutionnaire; toutes les cours étaient tremblantes, vaincues, affaiblies; la Papauté elle-même expiait dans les fers sanctifiés de Pie VI la faiblesse de Clément XIV, et parmi ces dynasties il n'en est pas une sur laquelle le fléau révolutionnaire n'ait laissé ses affronts et ses meurtrissures l. »

Pontife romain de protéger et de défendre les Ordres religieux qui ont bien mérité de l'Église. A ce devoir bien certainement jamais nous r.e faillirons en ce qui concerne la Compagnie de Jésus... Huic officio erga Socieiatem illam nunquam cerle deerimus... » Le Pape fait ensuite l'éloge des sages et prudentes mesures prises par le Général. (Archiv. Prov. Fret c., i635).

i. Le Correspondant, Tome XI, p. 67^.

Le Père Roothaan avait un jour, dans sa correspondance avec le Provincial de Lyon, glissé l'observation suivante : « Le dévouement avec lequel les évêques prennent notre défense mérite de notre part un redoublement d'ardeur à seconder leur zèle et de respect pour leur autorité. » (3 Mars 1845.) Pendant toute la crise que nous venons de raconter, les Jésuites trouvèrent en eilet dans l'épiscopat un appui généreux et constant, et l'on peut ajouter, à peu près unanime. « Tous les évèques, au nord et au midi, écrivait ce même Provincial, se maintiennent fermes et inébranlables dans la résolution de nous soutenir, et tous, ou publiquement ou par lettres privées, l'ont fait savoir à M. Martin du Nord. » (3 Mai 1845.) L'unanimité n'était pas aussi complète qu'il semblait à l'optimisme du Père Maillard. Nous aurons à mentionner tout au moins une exception point négligeable. Mais il reste que, dans l'ensemble, les évêques de France rendirent alors à la Compagnie de Jésus un témoignage dont elle a tout à la fois le droit et le devoir de se souvenir. Déjà, comme on l'a vu, plusieurs d'entre eux, en combattant l'article du projet de loi qui excluait de l'enseignement les Congrégations religieuses non autorisées, avaient saisi l'occasion de manifester leurs sentiments pour les Jésuites, contre lesquels cet article était dirigé; maintenant que l'existence même de la Société était menacée au nom des prétendues lois de l'Etat, les protestations épiscopales s'élevaient plus nombreuses et plus véhémentes. Nousavons entendu Mgr Parisis s'écrier: « Plutôt cent ans de guerre que la paix à ce prix! » Pour lui la cause des Jésuites ne se séparait pas de celle de l'Eglise, et c'est pourquoi l'épiscopat ne pouvait se dispenser de les défendre sans trahir sa mission. Dans sa Lettre sur les interpellations Thiers, le prélat s'exprimait à cet égard avec une singulière énergie •

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