‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 16 sur 324 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

« Il est des points, déclarait-il, sur lesquels tous les prêtres et tous les évêques sont d'accord. C'est : 1° que les Jésuites sont les postes avancés de l'Eglise; — 2° qu'on ne veut les renverser que pour arriver jusqu'à nous; — 3° que s'associer en ce moment à l'œuvre de leurs ennemis et concourir à son exécution ce serait travailler directement contre l'Eglise elle-même; — 4° qu'une pareille complicité serait coupable et lâche de la part de tout fidèle éclairé, mais qu'elle serait infâme et criminelle de la part d'un prêtre et surtout d'un évêque. »

Aussi, s'adressant aux hommes d'État, Mgr Parisis les défiait de trouver une approbation dans l'épiscopat français : « Vous n'aurez pas un évêque avec vous. »

L'évêquede Langres, persuadé dès lors de la puissance prépondérante de l'opinion, faisait appel au pays. L'archevêque de Toulouse, Mgr d'Astros, fidèle à la tradition d'ancien régime, rédigeait une Adresse au Roi en son Conseil. Sous une forme un peu solennelle, le prélat rappelait les leçons du passé. « Sire, disait-il, il y aura bientôt un siècle que la secte philosophique, qui conspirait pour le renversement des autels et du trône, crut ne pouvoir mieux faire que de commencer par dissoudre la Compagnie de Jésus qui se présentait comme le boulevard de la religion... Le plan fut suivi et conduit à sa fin ; mais après la destruction de cette Société vint celle de tous les instituts religieux, puis celle de la religion, puis enfin le renversement du trône et de l'ordre social tout entier. » L' 'Adresse met ensuite en évidence l'inanité des griefs qu'on impute aux Jésuites, la mauvaise foi des gens qui couvrent du zèle de la religion leurs attaques passionnées contre ses serviteurs les plus méritants, enfin l'illégalité des mesures qui vont enlever à des prêtres irréprochables les droits garantis par la Charte à tous les citoyens. Elle entre sur ces différents points dans des développements trop étendus pour être reproduits ici. Nous en donnerons seulement la conclusion :

« Quoique nous n'ayons pas pu consulter nos collègues

dans l'épiscopat, nous ne craindrons pas de dire à Votre Majesté comme l'assemblée du clergé de 1762 à Louis XV : « Sire, en vous demandant aujourd'hui la conservation des Jésuites, nous avons V honneur de présenter à Votre Majesté le vœu unanime de toutes les provinces ecclésiastiques de son royaume. Elles ne peuvent envisager sans alarmes la destruction d'une Société de religieux recommandables par Vintégrité de leurs mœurs, l'austérité de leur discipline, l'étendue de leurs travaux et de leurs lumières et par les services sans nombre qu'ils ont rendus à l'Eglise et à l'Etat. Cette Société, Sire, depuis son premier établissement, n'a cessé d'éprouver des contradictions ; les ennemis de la foi l'ont toujours persécutée. »

« Sire, c'est ce qu'ils font encore.

« En conséquence, nous nous inscrivons en faux contre les imputations faites à la Société des Jésuites, dont les Constitutions, depuis longtemps approuvées par l'Eglise, respirent le plus pur esprit de l'Evangile et ont formé un grand nombre de saints.

« Nous déclarons que leur dispersion causerait un très grand dommage à la religion, dont elle préparerait de nouveau parmi nous le renversement.

« En même temps nous protestons, Sire, à Votre Majesté que, d'après notre conviction intime, si Elle peut craindre pour la stabilité de son trône, c'est de la part des hommes irréligieux et ennemis de l'ordre, et non de la part des Jésuites qu'Elle doit concevoir une pareille crainte... »

L' 'Adresse, datée du 26 mai, parut dans l'Univers le 17 juin. Après lui avoir laissé le temps de parvenir à son royal destinataire, on la livrait au public. Elle ne passa point inaperçue; la presse libérale y fit écho par des récriminations violentes, tandis qu'un grand nombre d'évêques, ceux notamment qui avaient dans leurs diocèses des maisons de la Compagnie, envoyaient leur adhésion par des lettres publiées dans les journaux catholiques. L' Adresse partie de Toulouse prenait ainsi le caractère d'une nouvelle manifestation de l'épiscopat français, analogue à celle

Page 1