‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 156 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de cette Histoire. C'était un homme à remuer ciel et terre. La correspondance officielle du Père Maillard nous le fait entrevoir sur ce nouveau théâtre. Il écrit le 1er février 1844 : « Le Père Payan a dû quitter Gonstantine; il perdait la vue. Il a été retenu à Alger par les œuvres admirables du Père Tissier. Le Père Tissier en effet ne sullit plus; il est débordé et entraîné; on me prie en grâce de laisser le Père Payan pour le seconder. . .Le Père Tissier sera l'apôtre d'Alger. » Et trois semaines plus tard : « Ce Père Tissier est un vrai torrent. Il entraîne après lui et soldats et marins et toute espèce de monde... Il vient de faire encore une première communion de marins très nombreuse. Et aujourd'hui il donne avec le Père Payan une Mission à 1.200 militaires ; or, dès le premier jour il avait déjà tout son auditoire à ses pieds. . . » (25 Février 1844.) Dans son rapport au Gouverneur général, rédigé en 1845, Mgr Dupuch faisait mention, sans le nommer, de ce « prêtre auxiliaire » et de ses travaux surhumains, et il ajoutait en note : « L'année dernière, vers Pâques, 1 550 condamnés ou marins reçurent de mes mains la communion, par ces soins charitables : savoir 800 détenus, 600 marins de la marine royale et le reste, de la marine de commerce4. »

Le pauvre évèque avait assurément beaucoup d'affection pour ces collaborateurs dont il faisait ainsi l'éloge à mots couverts. Mais ses sympathies ne pouvaient être partagées par ceux qui de haut et de loin présidaient aux affaires de l'Algérie : « Je n'ai jamais pu comprendre, écrivait encore le prélat, que, au lieu de développer, avec ces besoins de toute sorte, une institution de ce genre, le Gouvernement ait été conduit, par je ne sais quelle fatale impulsion, à diminuer le nombre de ces utiles, de ces indispensables auxiliaires2... »

Dès 1842, févêque d'Alger songeait à confier aux Jésuites une œuvre capitale pour l'avenir de son diocèse :

i. Op. cit., p. 37G. 2. Ibid. , p. 448.

« Monseigneur, écrit le Père Général, demande avec instance des Pères de la Compagnie pour fonder Grand et Petil Séminaire. » (27 Avril 1842.) Un mois après il est, paraît-il, revenu à la charge : « Mgr est plus décidé que jamais à nous confier son Grand Séminaire, et également son Petit Séminaire à Philippeville. » (28 Mai 1842.) D'après une troisième lettre du mois de juillet, on voit que le prélat insiste encore sur le même sujet. En septembre tout est changé. Des Messieurs de Saint-Lazare arrivent à Alger; ce sont eux qui dirigeront le Grand Séminaire; ainsi en a-t-il été décidé dans le cabinet d'un ministre. Quant au Petit Séminaire, plusieurs essais furent tentés ; annexée à l'orphelinat du Père Brumauld, l'institution encore au berceau se vit menacée des rigueurs de l'administration universitaire; il fallut la fermer. Dans son Mémoire au Saint-Siège, Mgr Dupuch écrivait cette page mélancolique : « Pour fonder, pour essayer de fonder un Petit Séminaire, j'ai dépensé en sept années 100.000 fr., et ai souffert les plus tristes contradictions, jusqu'à ce que j'ai enfin été contraint d'y renoncer, à peu près sans résultat. La frayeur occasionnée en France — le Saint- Père n'oubliera pas ma franchise — par une Société célèbre et chère à tant de titres à l'Eglise de Dieu, frayeur qui traverse les mers, je ne sais en vérité pourquoi, y a été pour beaucoup, je dirai même pour tout, mais non de ma part assurément1. »

L'intolérance qui, aux colonies comme en France, écartait les Jésuites de toute fonction d'enseignement fut pénible sans doute aux missionnaires d'Algérie ; la politique de la métropole le fut davantage en cherchant à leur interdire l'apostolat auprès des indigènes. On sait que, dès l'origine, le Gouvernement français eut pour

i. Ibid., p. 45o.

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