‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 199 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

C'était aller trop vite. Lors de la visite provinciale de 1852, le Père Bon rendait pourtant ce témoignage : « Saint-Etienne marche très bien. Sa clientèle s'accroît sensiblement; cent cinquante-trois internes y sont en ce moment; il y aura plus de trois cents élèves. Les cours préparatoires vont s'y organiser... » (22 Octobre 1852.) Malheureusement le Procureur de la Province tenait un tout autre langage. Le fait est que le Père de Damas laissa une situation embarrassée qui devait longtemps mettre en péril l'avenir du collège Saint-Michel.

Au cours de son rectorat, le Père de Damas eut l'occasion de se rencontrer avec le prétendant qui allait bientôt s'appeler Napoléon III. L'incident vaut d'être raconté.

On était à la deuxième année du régime inauguré par la loi Falloux. Les collèges libres surgissaient de toutes parts. Cependant la satisfaction des catholiques n'était pas sans mélange. Ils ne pouvaient avoir oublié les prédictions menaçantes de leurs adversaires : « Une chose nous rassure, écrivait un journal qui reflétait l'opinion de la bourgeoisie conservatrice, c'est que cette loi n'est évidemment pas née viable. Elle est, dans la plupart de ses dispositions et dans les énormes concessions qu'elle a faites à l'esprit clérical, trop en opposition avec l'état de nos mœurs et l'ensemble même de nos institutions, pour qu'elle puisse durer, si tant est qu'on parvienne seulement à la mettre en voie d'exécution1. »

L'enseignement libre faisait donc ses essais sur un terrain mal affermi; la confiance qui le portait à beaucoup entreprendre était traversée de beaucoup d'inquiétudes qui se traduisaient par des hésitations fâcheuses. Sur la fin de 1851 un gros événement venait de se produire qui pouvait décider de son sort; nous voulons parler du coup d'Etat du 2 décembre. Après sa victoire sur l'Assemblée Nationale, le prince-président confirmé dans sa charge pour dix ans allait préparer les voies à l'empereur. Porté

i. "L'Espérance du ai mars i85o.

par la laveur populaire, il était dès lors le véritable maître de la France. Il importait donc de savoir quelles étaient ses dispositions à l'égard de l'enseignement libre. A la vérité, dès avant le vote de la loi, il s'était prononcé pour la liberté; d'autre part ses griefs contre l'Université ne pouvaient faire de doute pour personne ; c'est dans les rangs des professeurs des Facultés que les protestations contre le coup d'Etat avaient été le plus retentissantes. Mais la politique persuaderait peut-être au futur César de reprendre à son service ce monopole universitaire, legs du premier empire, dont ni la Restauration ni la Monarchie de Juillet n'avaient consenti à se priver; et alors sans doute il saurait sacrifier ses ressentiments à l'intérêt de sa fortune. Dans son entourage immédiat se trouvaient des ministres et des conseillers qui avaient voté contre la loi. On conçoit les appréhensions des catholiques pour la liberté si chèrement conquise. Qu'allait-il en advenir sous le régime dont on pressentait le prochain avènement?

Avec son caractère entreprenant et hardi, le Père de Damas résolut d'en avoir le cœur net. Muni de l'autorisation du Père Maillard, Provincial de Lyon, il alla demander une audience au prince-président. Elle lui fut accordée sans difficulté. Rien ne pouvait être plus agréable, en ce moment, à celui qui s'acheminait vers le trône impérial que de rencontrer des adhérents parmi les partisans des monarchies qu'il prétendait remplacer. De fait, plus d'un s'était empressé déjà de saluer le soleil levant. Le prince accueillit avec la plus parfaite bonne grâce le prêtre en qui il voyait le représentant d'une des familles les plus marquantes du parti légitimiste. Le Père de Damas lui exposa en toute franchise les anxiétés où se trouvaient ceux qui, comme lui, avaient la charge des établissements d'éducation nouvellement créés. Les Jésuites particulièrement, au nom desquels il parlait, ne pouvaient se dissimuler les préventions dont ils étaient l'objet. L'administration avait mille moyens de les molester, et l'Université, qui gardait la haute main sur

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