‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 202 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

on n'aurait peut-être pas procédé à la fermeture qui ne peut manquer de produire une profonde impression. » Le nonce venait en effet de recevoir un Mémoire rédigé par le Père de Damas, avec prière de le faire parvenir à l'empereur. Il pensa qu'il était trop tard et le Mémoire ne fut point remis.

Le 3 janvier, le Décret fut notifié dans les formes par le recteur de l'Académie, en présence du préfet de Montbrison et du sous-préfet de Saint-Etienne. On accordait au directeur « huit jours pour remettre les élèves à leurs familles; faute de quoi, ces Messieurs le feront eux-mêmes aux frais du collège ». Tout le personnel devait se disperser.

Le Père de Damas se souvint sans doute alors qu'il avait la permission d'écrire directement à l'empereur; mais il était personnellement trop compromis pour espérer quelque résultat d'une semblable démarche. Il pensa qu'il fallait d'abord s'éclairer auprès de ceux qui devaient avoir eu quelque part dans la mesure qui le frappait. La loi Falloux faisait entrer trois membres de l'épiscopat dans le Conseil supérieur de l'Instruction publique. Le Conseil supérieur, apparemment, avait été saisi du cas du collège Saint-Michel. Les évêques qui en faisaient partie pourraient sans doute fournir quelques indications utiles.

Le Père de Damas s'empressa donc d'aller d'évêché en évèché recueillir un peu de lumière. Mais ni les archevêques de Paris, de Reims, et de Tours, ni les évêques de Langres et de Troyes, membres du Conseil supérieur, n'avaient été consultés. Il semble bien qu'ils donnèrent à entendre à leur visiteur qu'il n'y avait qu'à s'incliner devant le fait accompli et que, au surplus, sa présence même et celle de quelques autres Pères dans les collèges étaient bien de nature à attirer sur ces établissements les sévérités administratives. Des maisons d'éducation fréquentées par les familles légitimistes pouvaient-elles ne pas donner de l'ombrage au gouvernement de l'empereur, surtout quand on voyait à leur tête des hommes aussi notoirement attachés au parti que les Damas

ou les Blacas ? Les ennemis des Jésuites avaient beau jeu pour représenter leurs collèges comme des foyers d'opposition. Ainsi le coup qui venait de frapper l'un d'eux était une menace pour tous les autres : « La chasse aux Jésuites est ouverte, écrivait le Père de Ravignan le 17 janvier; on cherche le gibier pour le rapporter au maître. » Il fallait à tout prix conjurer de plus grands malheurs.

Déjà dans une lettre respectueuse, mais très ferme, le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, avait fait entendre les inquiétudes et les protestations de l'épiscopat. Dans les premiers jours de l'année 1854, le Père de Ravignan demanda une audience à l'empereur. On avait pensé que le meilleur parti à prendre était encore de lui apporter, si on pouvait parvenir jusqu'à lui, une explication loyale et complète. L'audience fut accordée sans retard. On peut voir dans la Vie du Père de Ravignan un sommaire de l'entretien, rédigé par lui-même au retour des Tuileries. Le document est assurément des plus curieux.

Napoléon se montra poli, presque bienveillant, mais d'ailleurs froid et réservé. Il voulut bien convenir que les faits de Saint-Etienne lui avaient été présentés avec beaucoup d'exagération ; mais il y avait la tendance, l'opposition de parti pris, qui se trahissait dans l'enseignement et la direction donnée par les Jésuites à leurs élèves. Le Père de Ravignan répondit que la règle des Jésuites leur interdisait de se mêler aux affaires politiques, que leur seul but était d'élever chrétiennement les enfants qui leur étaient confiés, que s'ils comptaient parmi leurs élèves beaucoup d'enfants de familles légitimistes, c'est que ces familles étaient en général plus chrétiennes. D'ailleurs, s'il défendait ses frères, s'il affirmait que, dans l'ensemble, leur conduite et leurs intentions étaient irréprochables, il ne niait pas que tels d'entre eux eussent pu commettre des fautes ou des imprudences : « En vérité, disait-il enfin, je voudrais qu'on nous fît bien la réputation que nous méritoK^, celle de maladroits. » Sur quoi

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