‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 204 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

c'est moi surtout qui vois se consolider ainsi l'œuvre la plus chère de ma vie... » (27 Août 1864.)

Après quinze années d'une existence souffreteuse, le collège Saint-Michel prit enfin l'essor ; les Cours de sciences furent pour beaucoup dans ce progrès, qui se soutint aussi longtemps que les maîtres gardèrent quelque liberté. Somme toute cet établissement a fourni une carrière honorable et utile. Par lefait même del'ambiance quelque peu austère, il a échappé plus que d'autres à certaines influences mondaines qui opposent à l'éducation virile et chrétienne des obstacles presque insurmontables. On compterait par centaines, parmi ses anciens élèves, les prêtres et les religieux aussi bien que les hommes du monde, industriels, commerçants, militaires, qui furent et sont encore l'honneur de la cité et de la région.

L'abbé Pierre de Dreux-Brézé était le troisième fils de ce grand-maître des cérémonies de la cour de Louis XVI, auquel Mirabeau fit la réponse fameuse : « Allez dire à votre maître »... etc. Il venait d'être désigné pour l'épiscopat presque en même temps que les abbés Pie et Dupanloup. (28 Octobre 1849.) Le 31 janvier 1850 il écrit de Paris au Provincial de Lyon, le Père Maillard, dont les entretiens lui ont laissé, dit-il, « un souvenir reconnaissant », et il le supplie de n'accepter aucun collège avant d'avoir pris connaissance d'un projet qu'il compte lui soumettre bientôt. Cette lettre est la première qu'il signe : Pierre, évêque élu de Moulins, Avant même d'être sacré et sans attendre le vote de la loi, il se préoccupait d'assurer à son diocèse une maison d'éducation dirigée par les Jésuites. Son plan était de leur confier le Petit Séminaire d'Iseure, aux portes de Moulins1.

i. Les documents de famille signalent en i85o la présence à la maison de la rue des Postes {Do mus exercitiorum) de l'évèque nommé de Moulins, Mgr de Dreux-Brézé, qui est venu s'y enfermer pour sa retraite de

Cet établissement avait alors pour Supérieur le chanoine Martin, prêtre humble et pieux, qui paraît bien avoir suggéré au nouvel évêque l'idée de cette translation. Il y poussa du moins avec une énergie et une persévérance que seul pouvait inspirer un désintéressement très surnaturel. C'est lui qui aplanit les obstacles et qui pressa le Provincial de répondre aux désirs du prélat : « Il ne manque plus que votre consentement, lui écrit-il le 5 mai; mais il ne faut pas nous le faire attendre, afin que tout se prépare pour la rentrée prochaine. » A quinze jours de là, l'acceptation étant définitive, l'excellent chanoine ne dissimule plus sa joie ; sa lettre est vraiment admirable : « Monseigneur, dit-il, est au comble de ses vœux. Il faut mettre la main à l'œuvre, mais en secret, pour quelque temps. » II y a beaucoup à faire; il faut trouver cent mille francs; on les cherche. Il entrevoit un magnifique avenir pour l'établissement : « Nous avons fait de notre mieux, mais pas très bien; vous ferez beaucoup mieux. Envoyez quelques Pères pour tout arranger avec nous. «Lui-même s'offre pour remplir dans la maison n'importe quelle fonction, « excepté pour être Supérieur, car il est indispensable, dit-il, que nous disparaissions; les principaux emplois doivent être occupés par des Pères de la Compagnie » ; l'ancien personnel est d'ailleurs disposé à prêter son assistance. (20 Mai 1850.) Quelques semaines après, nouvelles protestations de dévouement : « Je suis tout à vous; je me mets à votre disposition jusqu'à ce que je puisse me retirer pour me faire chanoine hermite. » (15 Juin.) De son côté, l'évêque, « dévoré de zèle », ne recule devant aucun sacrifice. Il donne hypothèque sur

préparation au sacre épiscopal. C'était rompre avec la tradition qui voulait que cette retraite se fit à Saint-Sulpice. En outre, au lieu des huit jours accoutumés, elle dure un mois entier, sauf quelques courtes interruptions nécessitées par les affaires. Pendant les dix derniers jours, le futur évêque ne sortit plus, vivant avec les Pères comme l'un d'eux. Sous l'inspiration et avec l'aide des PP. Cahier et Arthur Martin, il se faisait préparer des ornements de style antique, dont il introduisit l'usage dans son diocèse, aux grands applaudissements des archéologues.

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