‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 205 sur 324 · CHAPITRE VII 41 i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII 41 i

« son bien personnel » ; il est prêt, s'il le faut, « à mettre en gage sa soutane ». (20 Mai.) Le prélat termine sa lettre en exprimant sa reconnaissance pour la Compagnie de Jésus : « Elle est plus grande que je ne saurais dire. Ce diocèse vous devra un jour une vie dont il a tant besoin, et si Dieu daigne me tenir compte du bien que je serais trop heureux de vous aidera faire, je vous devrai, mes Pères, et au Père Maillard en particulier, quelque facilité à me sauver, chose assez ardue pour un évêque. »

La venue des Jésuites était donc souhaitée et appelée dans la capitale du Bourbonnais comme un événement heureux pour la ville et la région. Aussi fut-elle accueillie par des applaudissements, quand le chanoine Martin en donna l'annonce à la distribution des prix du Petit Séminaire. Pour lui, quelques jours plus tard, il partaitcomme délégué du chapitre de Moulins au Concile provincial de Sens ; c'est là que la mort vint le frapper.

Cependant le coup d'Etat du nouvel évêque faisait l'objet de chaudes controverses dans les salons et dans les presbytères. La substitution des Jésuites aux prêtres séculiers pour la formation du clergé diocésain éveillait des susceptibilités et ne rencontrait pas que des approbateurs. Les commentaires allaient leur train accoutumé : « On cause, écrivaitle chanoine Martin...; on réveille les vieilles calomnies, les timides s'étonnent ; mais le succès arrangera tout ; parle temps qui court, c'est le moyen infaillible de combattre la plus forte opposition. » (11 Juillet 1850.) D'autre part, l'Ordre de Loyola avait des ennemis à Moulins comme ailleurs. Le Petit Séminaire d'Iseure était installé dans un ancien couvent de Bénédictines dont le département revendiquait la propriété. En 1843 une décision ministérielle avait rejeté ses prétentions et déclaré inattaquable l'affectation faite en 1822 par ordonnance royale. Le Conseil général devait obtenir gain de cause après 1880; en attendant, il émettait un vote de protestation contre l'acte épiscopal : le domaine d'Iseure était attribué au diocèse de Moulins pour l'établissement d'un

Séminaire, mais non pas d'un collège de Jésuites. Ces remontrances allèrent jusqu'au ministre, lequel chargea le préfet de veiller à ce que l'ordre légal ne subît aucune atteinte à Iseure.

Certes les Jésuites ne songeaient point à supprimer l'école ecclésiastique qui venait de leur être confiée; ils se contentèrent d'y annexer un collège qui, à la vérité, pour des raisons de convenance, occupa le vieux couvent, tandis qu'un logis neuf fut destiné au Séminaire. Les deux groupes d'élèves vécurent ainsi trente années dans un étroit voisinage, mais d'une existence séparée, n'ayant guère en commun que les classes. Cette juxtaposition a ses avantages comme ses inconvénients; nous n'avons pas ici à exposer ni les uns ni les autres, moins encore à en faire la balance. Le système rappelle celui des collèges d'autrefois, et c'est apparemment une des raisons qui ont porté les Jésuites modernes à l'accepter ici ou là; mais il faut avouer qu'il cadre mal avec les mœurs du temps actuel, où, comme le disait un jour à la tribune Mgr Freppel, « tout le monde crie l'égalité, mais où personne n'en veut ».

Les débuts furent encourageants; dès la seconde rentrée le nombre des élèves atteignait quatre cents, dont trois cents pensionnaires; par la suite il monta jusqu'à cinq cents. Les documents de famille attestent d'ailleurs un état intérieur qui donne toute satisfaction : « On peut dire, écrit un jour le Provincial de Lyon, que tout va bien dans cette maison. Tout le monde y est content: les inférieurs de leurs Supérieurs, les maîtres des enfants, et les enfants de leurs maîtres. » Toutefois les épreuves ne manquaient pas. Dès la première année, la maladie obligea à licencier les élèves; cinq succombèrent, un au collège, les autres dans leurs familles. Puis, pendant longtemps on eut peine à se mettre d'accord avec un prélaï « d'autant -plus gênant, écrivait le Provincial, qu'il se dit et qu'il est en effet grand ami de la Compagnie ». Les Jésuites étaient venus à l'appel de Mgr de Dreux-Brézé

Page 1