CHAPITRE VII
n'aurait pas même une petite place pour une ou deux personnes de plus, nos philosophes ont dû se réfugier au collège avec leurs professeurs... Notre habitation, il est vrai, n'est pas très commode ; nous y sommes un peu à l'étroit; plusieurs scolastiques doivent se presser les uns sur les autres dans de petites chambres ; mais avec cela tous les cœurs sont contents { . » On comprend que le Père Bon, Provincial de Lyon, pouvait écrire, en octobre 1852 : « Mongré est une coquille de noix. » La métaphore se justifiait quand il fallaitloger dans cette vénérable demeure une communauté d'une centaine de personnes avec tous les services d'une maison d'éducation. Au reste, ajoutait le Père Bon, « l'établissement projeté sera très beau... » C'était dès lors plus qu'un projet. Au mois de décembre suivant, la construction s'élevait déjà à deux mètres de hauteur. Les travaux repris au printemps se continuèrent dès lors sans interruption, et au bout de quelques années on y pouvait installer à l'aise quelque deux cents pensionnaires; avec le temps ce chiffre fut presque doublé. L'édifice répondait au pronostic du Père Bon qui d'ailleurs n'eut pas la satisfaction de le voir; il mourut en effet au cours de sa visite en Algérie, le 6 Décembre 1852. Le Collège de Mongré s'élève isolé, au milieu d'un vaste domaine, parc, pelouses, vignes, terres de culture, s'étendant sur vingt-sept hectares; il forme un quadrilatère de cent mètres de façade sur soixante de côté; l'église monumentaie partage l'espace intérieur en deux cours péristyles; l'ensemble est d'une ordonnance simple et non sans majesté. Pendantles trente années que dura pour les Jésuites la période de liberté, Mongré fut le joyau de la Province de Lyon. La vente des terres données par la fondatrice avait couvert en partie les frais de la construction ; elle laissa sans doute une assez lourde dette qui pesa longtemps sur le collège ; néanmoins, plus heureux que d'autres il n'eut pas à faire face pendant toute la durée
i . Le P. Laurençot au P. Général, i3 novembre i855.
de son existence aux dépenses de premier établissement.
Un incident se produisit au début dont nous trouvons la trace dans la correspondance des Supérieurs majeurs. Le 4 janvier 1857, le Père de Jocas, Provincial de Lyon, mandait au Père Général : « Nous avons eu ces jours-ci à Mongré une petite alerte. Un enfant a collé contre une porte un profil de l'empereur, trouvé dans un bonbon du jour de l'an (rébus), et un autre a craché dessus. Averti du fait, je suis immédiatement parti pour Mongré et les deux enfants (de 13 et 14 ans) ont été expulsés sur-le-champ. Le Piecteur d'Académie de Lyon, auquel j'ai fait mon rapport, a trouvé d'abord le châtiment un peu sévère... Le cardinal de Lyon prévenu aussi m'a bien dit que ce n'était rien. Je l'ai prié cependant d'écrire au ministre, et il a trouvé prudent de le faire. Enfin j'ai envoyé immédiatement le Père Périé à Paris pour voir, avec le Père Studer et le Père de Ravignan, ce qu'il y avait à faire encore. Je crois qu'à Mongré personne des Nôtres n'est en faute, que l'on fait tout ce que l'on peut pour prévenir de semblables accidents, que la répression a été prompte et exemplaire. Mais quelle difficulté avec des enfants dont les parents sont eux-mêmes si imprudents, si outrés en ce genre ! »
Assurément, pour un enfantillage la répression peut paraître excessive. Mais il faut se souvenir que pour pareille peccadille le collège de Saint-Etienne avait été frappé de la peine suprême ; le souvenir n'en était pas eifacé et Mongré pouvait avoir le même sort. Quoi qu'il en soit, l'établissement, sous la direction d'un homme de haute intelligence et de grande fermeté, le Père Edouard de Bouchaud, entrait dès lors dans une voie prospère. On achevait les aménagements matériels, on entourait la propriété entière d'un mur de clôture, on bâtissait l'église ; les locaux devenus insuffisants, on envoyait une division s'installer au château. Nous voyons dans les documents de l'époque que l'on regrettait fort la vente d'une pièce de terre qui eût permis d'allonger l'avenue principale du collège et lui eût procuré tout à la fois une perspective