‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 216 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

favorable et un accès plus facile. Il y avait, paraît-il, à ce propos dans la population de la ville des récriminations amères contre les Jésuites, récriminations injustes, car eux-mêmes avaient été victimes d'un homme d'atfaires opérant sans contrôle. En regard de ces petites misères on pourrait citer des témoignages innombrables à l'honneur de Mongré, venus du dehors aussi bien que de l'intérieur de la famille religieuse. Ce sont en particulier les comptes rendus des visites provinciales où reviennent, avec une honorable monotonie, les formules de satisfaction pour l'état général du collège, le bon esprit des élèves, leur piété et même leur travail.

L'établissement du collège de Saint- Afîrique est dû à un de ces concours d'intercessions qui arrachent à l'autorité ce qu'elle n'eût jamais accordé de son plein gré. Assurément une petite ville perdue dans les montagnes du Rouergue, avec une population de 7.000 habitants, protestants pour une assez forte proportion, pauvre et d'accès difïicile, ne semblait pas destinée à fixer le choix des Jésuites pour une maison d'éducation, alors que tant d'autres postes s'offraient à eux avec plus de chances de succès.

En 1850, trois Pères de la Compagnie donnaient la Mission à Saint-Affrique. C'est apparemment leur parole qui fit germer l'idée du futur collège. Un comité de chefs de famille s'organisa dans ce but. Quelques années plus tard, le Père Maillard résumait cette histoire dans une lettre au Père Beckx, successeur du Père Roothaan : « Ces Messieurs , dit-il, m'adressèrent, trois ou quatre fois, des lettres très honorables et très pressantes auxquelles je n'opposai qu'un refus, plein de reconnaissance, il est vrai, mais bien décidé et résolu. Vaincus de ce côté, ces braves Saint-Affricains se tournèrent vers Rome et allèrent directement à notre T. R. Père Général. Des lettres, des requêtes, des supplications lui furent présentées; de hauts personnages se firent solliciteurs, en sorte que, cédant enfin à tant d'instances, le T. R. Père

Roothaan m'écrivit : Il faut accepter. Ce mot était un ordre. J'acceptai... » (7 Mai 1854.)

Parmi ces « hauts personnages », il convient de mentionner le commandant en chef des forces françaises envoyées à Rome pour rétablir l'autorité du Pape. Le général Gémeau, qui venait de remplacer Baraguay-d'Hilliers, avait une dette de reconnaissance envers le docteur Cabanne, le zélé promoteur du comité de Saint- Affrique. Pressé d'intervenir, le général appuya la requête de ses amis auprès de Pie IX en personne. Ainsi s'explique la décision du Père Beckx, à laquelle le Provincial de Lyon ne pouvait refuser son acquiescement. Sans plus tarder, on mit la main à l'œuvre. Une somme de cent mille francs était souscrite pour commencer la construction ; la ville se chargeait d'en payer l'intérêt pendant les premières années ; on obtint en outre l'autorisation pour une loterie de quatre-vingt mille francs.

Le 10 juillet 1851, le Provincial de Lyon posait solennellement la première pierre du collège de Saint-Gabriel en présence de toute la ville assemblée. A la rentrée de 1853, maîtres et élèves prenaient possession de l'aile orientale; la façade devait attendre quelques années de plus, et la chapelle, hélas ! plus encore. Jusque-là, on avait logé chez l'habitant, et les classes se faisaient dans les salles de la mairie. Le progrès du collège Saint-Gabriel fut entravé au début par des obstacles de plus d'une sorte, parmi lesquels les embarras financiers tenaient une place considérable : « La question des dettes, écrivait un jour le Provincial de Toulouse en visite à Saint-Aftrique, est ici la seule qui soit difficile à résoudre. » (29 Mai 1866.) A vrai dire, la situation ne fut jamais brillante ; elle ne pouvait pas l'être ; dans la période la plus prospère, entre 1870 et 1880, le chiffre de ses élèves approcha de trois cents, sans jamais y atteindre; celui des internes s'éleva au maximum à deux cent vingt-cinq. Mais la qualité, on peut le dire, rachetait ce qui manquait du côté du nombre. Recrutés dans une région plutôt austère, dans des familles

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