‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 233 sur 324 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Et sans doute cette méthode est la bonne ; personne ne le conteste, s'il s'agit de l'anglais ou de l'allemand ; et si l'on nous objecte que, à notre époque, l'on n'apprend pas le latin pour le parler, nous répondrons : Soit, mais nous le parlons pour le mieux apprendre.

Ce n'est pas seulement dans leurs classes que les Jésuites s'efforçaient de maintenir l'usage de la langue latine; ils essayèrent de l'introduire jusque dans les divertissements dramatiques. Là encore ils marchaient sur les traces de leurs devanciers. Dans l'ancienne Compagnie, le théâtre avait sa place parmi les moyens d'éducation ; chaque année le professeur de Rhétorique devait faire représenter par ses élèves une tragédie de sa composition. La pièce était presque toujours écrite en latin, détail qu'oublient trop ceux qui reprochent aux Jésuites d'autrefois leur complaisance pour les jeux de la scène. Au siècle de Louis XIV l'assistance pouvait comprendre des acteurs parlant latin, suivre le drame et y prendre plaisir; mais il fallait une certaine hardiesse pour renouveler l'expérience dans un collège de notre temps. Elle fut tentée plusieurs fois chez les Jésuites, dans les premières années après 1850, à Avignon, par exemple, à Amiens, à Metz, etc. Les documents de famille ne nous disent pas avec quel succès. Nous avons vu plus tard V Antigone de Sophocle, donnée en grec, par les élèves de Vaugirard, de façon charmante et avec grand applaudissement du public. Pareils essais témoignent du moins que le culte des langues classiques n'était pas éteint dans ces établissements. On a recueilli le propos échangé à table d'hôte entre les professeurs de la Faculté des Lettres de Douai au sujet des candidats que leur envoyait le collège de la Providence : « Ceux-là savent écrire en latin. Il est aisé de reconnaître leurs copies au milieu des déplorables compositions qu'on nous donne à examiner. »

Plus encore que les humanités classiques, l'enseignement de la Philosophie était voué à la défaveur de l'opinion. L'État n'ayant pas de doctrine, quels principes

pourrait-il bien inculquer à sa clientèle scolaire en théodicée, en psychologie, voire en morale ? Après le trop long règne de l'éclectisme cousinien, on avait donc fini par retrancher des programmes toute doctrine positive ; la Philosophie officielle se bornait à la logique et à l'histoire des systèmes. D'autre part l'année de Philosophie aboutissant au baccalauréat, la préparation immédiate de l'examen devenait le plus grand souci des écoliers et des maîtres eux-mêmes. Dans ces conditions il était bien difficile de conserver un enseignement philosophique sérieux et complet. Ce fut pour les Jésuites dans leurs collèges l'objet d'un effort persévérant et parfois même de luttes pénibles contre l'insouciance des familles. Mais ils ne croyaient pas pouvoir renoncer à ce couronnement des études, si nécessaire aux jeunes gens pour les mettre en garde contre les sophismes et les erreurs qui les attendent. Bien des fois les Recteurs de collèges durent écrire, comme le Père Pillon,à des pères de famille : «Votre fils n'aura pas trop d'une bonne année de Philosophie pour armer sa foi contre les attaques des impies et des libertins qu'il rencontrera à l'Ecole militaire et dans les garnisons. » Ici encore le Père Olivaint exprimait la pensée de tous ses confrères quand il disait : « Nous prétendons contribuer pour notre part à relever dans l'enseignement cette Philosophie aujourd'hui si déchue, si trahie par les philosophes. N'est-ce pas, en effet, un devoir impérieux pour nous d'affermir les intelligences de nos élèves, pour qu'en entrant dans le monde ils ne cèdent pas à tout système, à toute opinion comme à tout vent ? N'est-ce pas un devoir impérieux pour nous d'imprimer en eux profondément ces principes qui plus que tout font un homme? Mais il faut aussi les armer d'une force dialectique pour qu'ils sachent au besoin attaquer et se défendre. Sans nous inquiéter des clameurs poussées contre la scolastique par tous ceux qui la redoutent ou qui l'ignorent, nous ramènerons les esprits à cette rude gymnastique, où l'on trouve à la fois tant de vigueur et de souplesse pour déjouer

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