‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 254 sur 324 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

que nous y suivions. Il vint, en effet, accompagné de M. Gratry, son vicaire général, et d'un chanoine ami de Mgr du Parc, notre évoque. Avec sa vivacité ordinaire, Mgr d'Orléans me questionna beaucoup, admira tout haut nos méthodes, leur donnant une préférence très marquée sur celles des Sulpiciens : — Voilà bien la Compagnie, s'écriait-il, sa sagesse, son coup d'ceil, sa prévoyance, etc. Prenez des notes, M. l'abbé, disait-il à son vicaire général, écrivez ceci et encore ceci... — Toute la journée il répéta de semblables discours à l'évêché devant Mgr de Blois et ses vicaires généraux. A dater de cette époque, si notre prélat n'a pas renoncé intérieurement à ses idées, du moins ses impressions sur notre compte se sont singulièrement ressenties de celte visite. »

Il est certain qu'entre la spiritualité de saint Ignace et celle de M. Olier il y a plus que des nuances; par suite les hommes nourris exclusivement dans l'une ou l'autre discipline ne sauraient apporter dans la direction des âmes exactement ni les mêmes principes, ni les mêmes tendances. Sans doute la grâce multiforme sait arriver à ses fins par des voies diverses. Mais il ne faut pas s'étonner de voir chez les premiers pasteurs des préférences et aussi des « répulsions ». Mgr Dupanloup s'entendait mal avec les disciples de M. Olier; la majestueuse immobilité de Saint-Sulpice n'allait pas à son tempérament; son collègue de Blois manquait de sympathie pour le genre plus souple etplus vivant de la Compagnie de Jésus. Ces impressions ont tout au plus la valeur d'arguments négatifs ; on n'en saurait dégager une conclusion positive. La double expérience de l'abbé d'iiulst aurait, semble-t-il, plus de poids : « De disciple de M. Olier, dit son biographe, il allait devenir, avec une ferveur qui jamais plus ne se démentit, celui de saint Ignace de Loyola1.» Formé aux vertus sacerdotales par la méthode de Saint-Sulpice, il se mit au bout de quelques années à l'école des Exercices

i. Vie de Mgr d'Hulst, par Mgr Baudrillart. Tome I, p. 264.

spirituels ; il n'en sortit plus, et toujours plein d'estime pour ses anciens maîtres, il ne formulait contre eux « d'autre reproche que de lui avoir laissé ignorer les Exercices de saint Ignace et de l'avoir trop confiné dans l'abstraite piété du dix-septième siècle, qui était la leur' ».

Au surplus, les préventions de Mgr du Parc ne tardèrent pas à se dissiper complètement. Au mois de janvier 1855, il se trouvait à Rome, et le Père Général pouvait écrire au Supérieur du Séminaire de Blois : « Mgr l'évcque se félicite beaucoup des Pères qui régissent son Séminaire; son unique grief est qu'il y a trop de vocations à la Compagnie. » (20 Janvier 1855.)

Ce Supérieur n'était autre que le vénérable Père Michel Fessard dont la mémoire est restée en bénédiction dans la Province de Paris. Au moment où il prenait la succession du Père Hilaire, il rendait de l'état de la maison ce beau témoignage : « Nous vivons avec nos séminaristes comme des pères avec leurs enfants. Les étrangers qui nous visitent sont frappés de l'air d'ouverture, d'abandon et de bonheur qui règne chez nous.» (15 Novembre 1852.) Quatorze ans plus tard, après avoir été Provincial de Paris, puis Visiteur en Chine, le Père Fessard redevenait Supérieur à Blois l'espace de onze années. (1866-1877.) Ce long rectorat fut paisible et partant n'a pas d'histoire; autant en faut-il dire de ceux qui l'avaient précédé : Père de Lehen, 1857-1863, Père Donniou, 1863-1866. S'il est vrai que « le bien ne fait pas de bruit », jamais du moins le dicton ne se réalisa plus au pied de la lettre que pendant les trente ans que les Jésuites dirigèrent le Grand Séminaire de Blois.

On sait que le collège communal de Mende avait été un des premiers établissements offerts à la Compagnie de Jésus lors de la loi de liberté et acceptés par elle. Les Pères s'y trouvaient depuis deux ans déjà lorsque, à la rentrée

i. Vie de Mgr d'IIulst. Tome I, p. 1 19.

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