‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 281 sur 324 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

même l'administration matérielle en même temps que la spirituelle, il se chargea d'occupations qui ne peuvent se réunir que pour se contrarier. Nul autre assurément ne fût parvenu à faire rentrer les 80.000 francs nécessaires chaque année au fonctionnement normal du Cercle religieux et de ses différentes ramifications; le Père Tissier lui-même n'y réussissait que moyennant des pressions importunes. Il y eut des frictions entre la résidence et la direction de l'œuvre, et l'autorité suprême dut intervenir pour pacifier les esprits. Ce sont là les petits côtés d'une grande chose, ou si l'on veut, les imperfections inévitables dans tout édifice construit de main d'homme. Dans les dernières années de la période impériale, le Provincial de Lyon constatait que si, avec « de belles apparences », l'édifice a toujours des parties faibles », du moins les « questions irritantes » ont à peu près disparu. (27 Juin 186G.) Trois ans plus tard, la Compagnie de Jésus célébrait le cinquantenaire de vie religieuse de son Supérieur général. (7 Mars 1869.) A cette occasion, le Cercle lui offrit un Album avec cette dédicace: « Au Très Révérend Père Beckx, Hommage du Grand Conseil du Cercle religieux de Marseille et gage de sa profonde reconnaissance. » Suivent les signatures de tous les présidents et de plusieurs autres membres. Puis viennent des Extraits du Livre cCOr, parmi lesquels nous relevons une sorte de disposition testamentaire relative aux magnifiques peintures qui décorent la galerie du Cercle. Prévoyant une dissolution possible, « ces Messieurs, qui savent très bien que ce monument scientifique est principalement l'œuvre des Pères de la Compagnie de Jésus et que nul autre qu'eux ne peut mieux, en cas de désastre, trouver le moyen de le conserver et de l'utiliser, remettent la collection de ces seize tableaux à la garde et à la prudence éclairée du Général de la Compagnie ».

En même temps qu'ils procédaient au partage de la région méridionale en deux Provinces, les Supérieurs majeurs songèrent à une opération semblable pour le Nord. Dès la fin de 1852, il en est question dans la correspondance échangée entre Rome et Paris. Un an plus tard, l'affaire était même assez avancée pour que le Provincial pût écrire que, dans la distribution de son personnel, il avait tout préparé en vue de la résurrection de l'ancienne Province de Champagne. (6 Octobre 1853.) Mais au mois de février suivant, le Père Beckx répond que, en raison des circonstances « et des dispositions que l'on a envers nous », il faut ajourner une mesure qui ne saurait s'effectuer sans faire quelque bruit et attirer l'attention. La malheureuse affaire de Saint-Etienne obligeait â un redoublement de prudence. Pendant les six années du Provincialat du Père Studer le projet reste à l'ordre du jour, mais sans aboutir, et au moment où il allait sortir de charge, le Père Général lui déclare que, « tout bien examiné, la division delà Province sera encore différée». (7 Mars 1857.) On y revient sous le nouveau Provincial, le Père Fessard, et le 6 mars 1859 une lettre du Père Beckx nous informe que la division est enfin résolue en principe ; tout le monde la demande. Elle ne se fera pas encore dans l'année présente, mais il faut tout disposer pour celle qui vient. C'était donc en 1860 que la nouvelle Province de Champagne devait paraître au jour. En fait, pour des raisons que nous dirons plus loin, on dut l'attendre jusqu'à l'été de 1863.

Au mois de mars 1851, le Père Rubillon achevait sa sixième année d'un Provincialat commencé au fort de la tempête de 1845. Aux angoisses du début avaient succédé pour lui les incertitudes d'une situation toujours menacée; il avait vu les Jésuites venir de tous les points de

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