‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 45 sur 324 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

prophète : Tout effet a une cause. Tout effet intelligent a une cause intelligente... etc. Ce visionnaire était un peu moins fou que les savants qui enseignent que le monde s'est fait tout seul. Or, ce qui nous intéresse ici, le barde breton Allan Kardec et Léon-Hippolyte Rivail, né à Lyon en 1804, n'étaient qu'un seul et même personnage. Mais, en 1830, les esprits ne lui avaient pas encore révélé sa mission par la voix des tables tournantes et parlantes. Ancien disciple de Pestalozzi, il ne songeait qu'à préparer à l'humanité un avenir meilleur par des méthodes d'éducation rationnelles. Il donnait des cours gratuits de chimie, de physique, d'anatomie comparée, d'astronomie ; il publiait sur des plans nouveaux des ouvrages scolaires en tout genre. Malheureusement les réformateurs de l'éducation sont d'ordinaire incapables de tenir une école ; ce fut le cas de Rivail aussi bien que de son maître Pestalozzi; son institution eut le même sort que celle d'Yverdon; il y régnait un inexprimable désordre. Les propriétaires inquiets, après avoir patienté longtemps, s'autorisèrent de ce que le loyer n'était pas payé pour faire résilier le bail et évincer les occupants. C'était en 1841, au moment où l'on achetait l'immeuble de la rue des Postes. Il ne parait pas que les Jésuites aient alors songé à se réinstaller dans leur maison de la rue de Sèvres. L'état de délabrement où ils la retrouvaient, la perspective des grosses réparations à faire pour la rendre habitable expliquent peutêtre en partie leur détermination de se fixer ailleurs. En 1844 elle était encore inutilisée et on fut sur le point de la vendre, ainsi que nous le voyons par la correspondance du Père Boulanger, successeur du Père Guidée comme Provincial de Paris 1. Ce fut la dispersion qui amena les Jésuites à reprendre possession de cette résidence qui allait devenir le principal centre de leurs œuvres dans la capitale. Au mois de septembre 1846, quatorze Pères et sept Frères coadjuteurs s'y trouvent réunis ;

i. Au Père Général, 3 août i844>

les divers campements étaient abandonnés. Le Gouvernement ne parut pas s'émouvoir beaucoup de cette concentration ; la rue des Postes continuait à absorber la vigilance de la police. D'ailleurs les Jésuites de la rue de Sèvres évitaient d'attirer l'attention; ils n'avaient pas d'oratoire public, et il leur était facile de passer inaperçus dans un quartier qui n'était guère alors peuplé que d'hospices et de couvents.

A Lyon comme à Paris les Jésuites s'étaient exécutés sans marchander leur obéissance. Dès la seconde moitié du mois d'août, il ne restait plus à la résidence de la rue Sala que cinq ou six Pères '. Sans plus tarder une partie de la maison fut louée, plusieurs constructions annexes et tout le terrain non bâti fut vendu à une communauté voisine, qui par la suite devait succéder complètement dans cet immeuble à la Compagnie de Jésus 2. Cet empressement était d'autant plus méritoire que la surveillance administrative ne semble pas avoir eu à Lyon les allures tracassières qu'elle affectait en beaucoup d'autres endroits : « J'ai vu, il y a trois jours, écrivait le Père Maillard, notre digne cardinal. Il est toujours le même pour nous. Chose étonnante, dit-il, ni ministre, ni préfet, ni procureur général, aucune autorité ne lui a jamais rien écrit, jamais rien dit sur la maison de Lyon. » (18 Novembre 1845.) Au surplus la dispersion ne fut pas de longue durée. Dès le mois de mai 1846, les Pères avaient repris la vie commune, mais un peu plus à l'étroit qu'auparavant.

Les noviciats avaient été particulièrement visés dans les négociations de M. Rossi. A plusieurs reprises M. Guizot et M. Martin du Nord avaient clairement donné à entendre que l'intention du Gouvernement était que les novices fussent renvoyés chez eux. C'était assurément le plus sûr moyen d'en finir avec une Société qui causait

i. Lettre du P. Balandret, Supérieur, au Père Général, 3o août i845. a. Lettre du 7 octobre 1 845.

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