CHAPITRE II
tant de tracas aux pouvoirs publics. Mais les Jésuites n'avaient pas de raison de leur donner satisfaction sur ce point, en allant au delà de ce qui avait été promis. Rien ne fut changé à Dôle, ni à Issenheim; à Toulouse et à Saint-Acheul le noviciat, détaché de la résidence, fut installé à la campagne. Ces dispositions ne répondaient pas aux vues du Gouvernement. Selon son habitude M. Guizot eu écrivit à M. Rossi qui fit entendre très haut ses réclamations : « La proximité de la maison de campagne où a été transporté le noviciat, lisons-nous dans une lettre du Père Général, a servi de prétexte à des plaintes qui sont arrivées jusqu'au Souverain Pontife. On nous reproche d'avoir joué une espèce de comédie. Malheureusement c'est autre chose qu'on joue, et les inconvénients qui en résultent ne sont que trop grands... Qu'on ne dépasse pas le nombre de vingt... » (27 Octobre 1845.) Cette recommandation revient à plusieurs reprises dans la correspondance. Le nombre de vingt était, en effet, la limite tracée par le Code en matière d'association. Le Père Roothaan voulait que l'on usât des droits de la légalité.
Pour des motifs d'ordre local sur lesquels il y aura lieu de revenir, la maison d'Avignon était désignée par l'administration civile à des rigueurs sans merci. On crut donc devoir céder devant la menace. Les novices, au nombre d'une trentaine, prirent le chemin de l'exil ouvert par leurs devanciers en 1830. Ils furent reçus à Gênes dans l'établissement de la Compagnie appelé le Carignano. Le chef de ce petit bataillon, le Père de Jocas, écrivait : « Nous avons été accueillis avec une charité exquise par le Père Bresciani (Provincial) venu tout exprès de Turin pour tout arranger. » (18 Novembre 1845.) La même lettre relate une visite au roi de Sardaigne Charles-Albert, qui vaut d'être rappelée : « Sa Majesté a bien voulu à son tour nous donner audience, au Père de Blacas et à moi. Nous en fûmes reçus avec une bonté sans exemple, et le roi ajouta en nous congédiant que, pour lui, il n'avait pas à se plaindre de M. Thiers, puisque c'était à lui qu'il
devait de posséder un plus grand nombre de Jésuites dans ses États et d'avoir droit par là à plus de prières de notre part et à plus de grâces du ciel pour sa personne. »
Le Carignano était donc un asile sûr; le Père Maillard se proposait d'y envoyer le trop plein de Toulouse et de Dole; car il ne voulait pas dépasser le chiffre fatidique. Ainsi s'écoula une année entière. Entre temps, l'archevêque d'Avignon, Mgr Paul Naudo, envoyait au Père Roothaan son mandement publié à l'occasion des sœurs de Saint-Joseph indignement persécutées et expulsées : « Vos Pères, lui disait-il, font un bien immense dans tout ce pays-ci; ils sont très aimés des populations et du clergé. Ils n'ont été persécutés que par cette fraction impie qui a tourmenté les religieuses de Saint-Joseph. Il me tarde que vous puissiez me rendre le noviciat et son digne chef. » (7 Mars 1846.)
Au mois d'octobre suivant le Père Jordan, successeur du Père Maillard, écrivait : « Nous pensons sérieusement au troisième noviciat de noire petite Province; sans ce secours, nous ne saurions où placer nos enfants... Il a été question de transporter le noviciat d'Avignon dans les montagnes du centre de la France; la question a même été résolue... Mais voici que le Père Ribeaux, Recteur d'Avignon, m'écrit qu'il ne voit aucune difficulté au rétablissement du noviciat à Saint-Chamand... La grande raison de la colère du préfet était le Père de Jocas en rapport avec toutes les familles légitimistes; mais le Père de Jocas, le Père de Blacas, le Père de Damas disparaissant, il n'y a plus sujet de colère. Déjà l'ordre est donné pour que les novices qui restent encore à Carignano se rendent à Saint-Chamand... » (12 Octobre 1846.) Mais une lettre postérieure annonce que les novices, à leur retour d'Italie, ont été versés à Toulouse et à Dole. Le noviciat d'Avignon ne fut rétabli que l'année suivante.
A Laval on n'avait pas attendu la bourrasque de 1845 pour chercher noise aux Jésuites de Saint-Michel. La ville n'ayant ni évêché, ni séminaire, leur maison était le