‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 47 sur 324 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

rendez-vous du clergé de la moitié du diocèse. Tous les ans le Conseil général de la Mayenne émettait un vœu pour la proscription des Ordres religieux ; mais « que voulezvous que je fasse contre les prêtres de Saint-Michel, disait le préfet? Ce sont eux qui prêchent partout ». En l'espace de quelques années l'établissement avait grandi dans des proportions extraordinaires; le noviciat d'abord, puis le scolasticat s'étaient adjoints à la résidence des missionnaires, et le chiffre total des religieux atteignait presque quatre-vingts au début de l'année orageuse- Déjà M. Martin du Nord avait engagé une polémique avec l'évêque du Mans, Mgr Bouvier. Dès la fin de 1843, il demandait confidentiellement des informations sur la maison de Saint-Michel. L'évêque répond que l'on y fait « des cours soignés sur les différentes branches des sciences ecclésiastiques », pour former des prédicateurs et des directeurs d'àmes. Le ministre déclare que cela est illégal; il rappelle l'affaire des Jésuites à Saint-Acheul en 1838, et comment l'évêque fut mis en demeure de les exécuter; il invite son interlocuteur à faire de même, faute de quoi il mandera au préfet de mettre la force en mouvement. Nouvelle réponse de Mgr Bouvier : Les Jésuites n'ont pas d'élèves du dehors, mais seulement des novices. Le ministre insiste. Le Gouvernement ne peut tolérer de nouveaux noviciats ; il somme l'évêque d'agir. Celui-ci répond à la date du 16 janvier 1845; il se dérobe encore, fait l'éloge des Pères et refuse de procéder contre eux : « Si l'on en vient, dit-il, à des mesures de rigueur, j'en gémirai, mais je n'en pourrai être responsable... Si je le faisais, j'encourrais le blâme et mon ministère serait paralysé '. »

M. Martin du Nord pensa qu'il valait mieux user de patience ; la mission Rossi était sur le point de s'engager; il laissa donc les choses en l'état. Le moment venu, le noviciat fut transféré à Vannes. Le Père Général l'ayant

i. Archiv. Proy. Franc, i645.

recommandé à la bienveillance de l'évêque, Mgr de Lamothe-Yauvert, ce prélat fit une réponse touchante que l'Histoire de la Compagnie ne saurait passer sous silence : «Je veillerai, écrivait-il, sur le dépôt qui m'est confié, je le garderai, ainsi que vos autres Pères, comme faisant partie intégrante de mon clergé; et j'espère de la bonté, de la miséricorde de Dieu, qui depuis tant d'années ne cesse de protéger mon diocèse, qu'il protégera aussi et couvrira de ses ailes ceux qui ne feront qu'un dans mon cœur avec ce clergé et ce diocèse, pour lesquels je donnerais, plein de joie, la dernière goutte de mon sang. » (18 Octobre 1845.) Mais ce qui paraîtra plus étonnant encore que les tracasseries du Pouvoir contre les noviciats, c'est que les collèges établis par les Jésuites hors des frontières n'en étaient pas exempts. Dès le mois d'octobre, le Père Pillon, Recteurde Brugelette, signalaitl'apparition d'une brochure De la liberté d1 association en Belgique à C égard des étrangers : « C'est, dit-il, un coup de cloche... » Deux mois plus tard, il précise : « Le baron de Sécus vient de m'apprendre qu'il savait de source certaine, par un diplomate étranger qui ne veut pas être nommé, que Rossi prenait toute espèce de moyens clandestins pour obtenir la fermeture du collège de Brugelette. L'ambassadeur de France à Bruxelles fait de son côté tous ses efforts pour arriver à ce but... Je vais à Bruxelles conférer de cette affaire avec le ministre des Affaires étrangères que je connais et qui nous est dévoué. » (17 Décembre 1845.) Quelques jours plus tard, une autre lettre rend compte de la visite. Sans contester l'exactitude des faits, le ministre avait rassuré le Recteur sur les intentions du Gouvernement. Ce n'était pas encore assez. Quinze mois plus tard, le Père Rubillon, au cours de sa visite, écrit au Père Général : « Le baron de Sécus sort de chez moi ; il m'a dit que l'ambassadeur de France travaille de tout son pouvoir contre Brugelette. Je ne vois pas pourquoi ; mais c'est le loup et l'agneau... Le Gouvernement catholique belge ne fera rien de ce qu'on lui demande. » (7 Mars 1847.)

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