‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 59 sur 324 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

En 1847, la Province de Lyon, réunie en congrégation, avait exprimé le vœu que le Père Roothaan, fatigué par le climat de Rome, fit un séjour en France. On lui répondit qu'elle « demandait ce qui ne pouvait se faire, hors le cas de nécessité; quod Deus avertat ! » Quelques mois plus tard les révolutionnaires romains exauçaient le vœu des Jésuites lyonnais. La Compagnie de Jésus bannie de Rome, c'était bien, pour le Général, « ce cas de nécessité » prévu par la règle.

Cette persécution fournit à Montalembert l'occasion d'exprimer tout à la fois sa filiale affection pour le Pape et son dévouement pour l'Ordre de saint Ignace. Le jour même du vendredi saint, 21 avril, il signait avec Vatimesnil une éloquente adresse à Pie IX : « Très Saint Père, disait-il, nous venons, comme des fils aussi tendres que soumis, prendre notre part de Panière tristesse qui inonde le cœur de notre Père bien aimé... Nous gémissons, comme tous les bons catholiques, sur le triomphe de cette minorité égarée, mais implacable, qui a obligé les Révérends Pères Jésuites à quitter Rome, Rome le berceau de leur saint Institut... Nous savons que, au milieu de la douloureuse surprise du monde catholique, nul ne peut être plus affligé que son auguste chef... Nous savons qu'il a daigné faire exprimer, dans un organe officiel, la vive amertume que lui inspirait cette violence... Nous ne les plaignonspas... ; nous nous plaignons nous-mêmes... ; nous plaignons l'Eglise... Nous osons vous plaindre vous-même, Très Saint Père... ; nous ne craignons pas de vous appliquer ces paroles que l'office de ce jour met dans la bouche de Celui dont vous êtes le Vicaire : Popule meus, quid feci tibi ?.. Parasti crucem Salvatori tuo... Aperui ante te mare, et tu aperuisti lancea latus meumï »

Cette fois comme toujours les Jésuites avaient reçu les premiers coups. On sait la suite des événements : le Pape bientôt débordé, contraint de recourir à Rossi; l'ancien carbonaro pourrait, pensait-il, faire le trait d'union entre le Gouvernement pontifical et un peuple ivre de liberté;

Rossi tombe sous le poignard des conjurés (15 novembre 1849); Pie IX fuit à Gaète; la République est proclamée dans les États de l'Église; la France intervient; Rome assiégée tombe aux mains de nos soldats (3 juillet) ; l'ordre est rétabli et enfin le Pape rentre dans la Ville éternelle. (4 Avril 1850.)

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