CHAPITRE IV
résidence de Vannes surent heureusement garder la circonspection que leur imposaient les circonstances. Quelques jours après l'arrestation de la princesse à Nantes, le Supérieur écrivait, avec une imprécision qui piouve que l'événement ne l'intéressait pas outre mesure: « 11 y a eu des troubles en Vendée; mais le Morbihan n'a pas bougé. La politique agite beaucoup les esprits ; nous ne nous en mêlons pas, et tout va bien. » (10 Juillet 1832.) L'année suivante, rendant compte de l'état de la maison au Père Général: Les autorités, disait-il, continuent à nous être favorables, « parce qu'on sait en ville que nous ne nous occupons pas de politique... Ramener les pécheurs dans les voies du salut, calmer les imaginations trop vives, pacifier les esprits trop aigris, faire adorer dans tous les événements les desseins delà divine Providence, consoler les aflligés, secourir les malheureux, voilà, mon Révérend Père, nos occupations et notre politique. » (20 Juillet 1833.)
Pour rétablir sur un bon pied les maisons dont nous venons de parler, le Père Renault s'était vu obligé, par l'insuffisance du personnel, de supprimer quelques établissements de fondation récente. C'estainsique l'année 1833 est marquée dans l'histoire de la Province de France par la disparition de plusieurs embryons de résidences dont l'existence fut plus ou moins éphémère. Celle de Parayle-Monial avait duré cinq ans; celles de Bordeaux, de Poitiers et de Besançon dataient de l'année précédente; ce ne furent que des essais, repris plus tard sous de meilleurs auspices. A cette liste funèbre il faut ajouter la résidence de Clermont, issue du collège de Billom à la suite des Ordonnances de 1828, mais qui ne put se relever de la secousse de 1830. Plus d'un an après la Révolution un Jésuite n'aurait pu paraître dans la capitale de l'Auvergne sans danger pour sa vie. Enfin, la résidence de Notre- Dame-de-Liesse, sans être complètement éteinte, n'était plus qu'une Mission desservie pendant la saison du pèlerinage parla maison de Saint- Acheul.
Le Provincial n'avait pu procéder à ces petites exécutions sans provoquer des mécontentements et se heurter à des résistances. On verra, par l'épisode que nous allons raconter, avec quel mélange de fermeté et de douceur il poursuivait l'accomplissement de ce que réclamait la discipline religieuse dont il avait la garde.
Lors de la fermeture du petit séminaire de Forcalquier, on y avait laissé d'abord, par égard pour l'évêque, quelques Pères comme missionnaires diocésains. Ils ne purent s'y maintenir longtemps ; mais après la dispersion de 1830, l'un d'eux trouva un refuge à Digne, où on lui confia le soin d'une communauté naissante d'Ursulines. Homme de ressources, le Père Pierre Jean leur rendit des services d'ordre temporel aussi bien que spirituel. Un Jésuite, aumônier d'un couvent de religieuses, c'était une infraction à la règle, que la nécessité avait pu autoriser momentanément, mais qui ne pouvait se prolonger. Le Père Renault en jugea ainsi, et dés avant la fin delà première année de son provincialat, il en donna avis à Mgr Miollis. Sur les réclamations du vénérable prélat — il était presque octogénaire — il consentit à retarder de deux ans le rappel du religieux. Le 1" février 1836, le Père Renault informe Sa Grandeur que, le délai expiré, l'aumônier va recevoir ordre de partir. Nouvelle instance de l'évêque qui sollicite un sursis de quelques mois. Le Provincial cède encore, mais c'est pour la dernière fois. On convient que, le mois d'août venu, le Père Jean s'éloignera. Mais, à l'approche de cette échéance, on s'évertue à Digne pour la retarder encore; de l'évéché et du couvent des lettres partent pour Lyon d'abord, pour Rome ensuite. Voici celle que l'abbé Maurel, vicaire général, adressait le 7 août au Père Roothaan — ce n'était pas la première — elle éclaire bien la situation.
« Très Révérend Père,
« C'est au nom de Mgr l'évêque de Digne et de son