CHAPITRE IV
et de votre propre mouvement, un prêtre pour remplacer le Père Jean ; le prêtre que vous donnera Monseigneur, recevez-le avec foi, comme venant de la main de Dieu. Ce prêtre sera pour vous, n'en doutez pas, l'homme de Dieu et le véritable Ananie. Loin de vous l'idée qu'il n'aurait pas tout ce qu'a le Père Jean; car, quand il serait vrai qu'il lui manquât quelque chose, Dieu, ayant égard à votre foi, à votre esprit de sacrifice, saurait bien y suppléer abondamment par sa grâce. Le Père Jean, rendu à la vie religieuse, vous reviendrait comme confesseur extraordinaire aux Quatre-Temps. Alors, oui, je crois que de grandes bénédictions seraient attachées à son ministère, parce qu'il serait dans l'ordre de sa vocation. Ces secours précieux les voulez-vous, mes chères sœurs ? Suivez le conseil que je vous donne; autrement, et en voulant tout avoir, contre l'esprit de l'Institut, les règles, la volonté des Supérieurs, je vous le dis, vous perdrez tout. »
Cependant la Compagnie de Jésus venait d'être établie à Metz. La fondation de cette nouvelle résidence date du mois d'octobre 1832. Il y a entre la vie de celui qui en fut le principal instrument et celle d'Ignace de Loyola des analogies dont il est impossible de n'être pas frappé.
Né le 12 juillet 1771, Nicolas-Marie-Dieudonné Potot appartenait à une famille de robe qui occupait à Metz une situation des plus honorables. On le dirigea d'abord vers le barreau , mais le jeune homme se sentait un goût irrésistible pour la carrière militaire. Officier à vingt ans, il était chef de bataillon après dix ans de campagnes aux armées du Rhin, lorsqu'il eut la jambe droite fracassée dans uiie rencontre sous les murs de Manheim où il avait fait preuve d'une folle bravoure. La blessure fut mal soignée, parce que tout d'abord, l'amputation jugée impossible, le cas parut désespéré. La force du tempérament triompha à la longue; mais quand il put se tenir debout,
le brillant officier constata qu'il avait une jambe plus courte que l'autre; il serait donc boiteux pour le reste de sa vie.
Plutôt que de subir une telle disgrâce il se soumit à un traitement qui rappelle la torture du chevalet. Le membre violemment élire à plusieurs reprises pendant des heures, au prix d'atroces souffrances, finit par se redresser, mais demeura longtemps très faible, au point d'obliger le malade à se servir de béquilles.
Potot avait reçu une éducation chrétienne, mais de bonne heure s'était laissé envahir par le scepticisme philosophique; avec le temps il était même devenu foncièrement impie. Pendant les sept mois qu'il passa à l'hôpital de Worms il avait, lui aussi, comme le blessé de Pampelune, demandé des livres pour se distraire; mais au lieu de la « Vie des Saints », ce fut Marmontel, Raynal et surtout Voltaire qu'on lui donna à lire. Ces lectures étaient d'ailleurs celles qu'il préférait. Il voulait, disait-il plus tard, employer le peu de forces qui lui restaient ft à faire un cours d'impiété», sur son lit de douleur. Chose remarquable, cette pâture empoisonnée provoqua dans l'âme de Potot, restée droite malgré tout, une réaction salutaire. « Voltaire, disait-il encore dans la suite, a peut-être commencé mon retour à Dieu. En lisant ses diatribes contre la religion et ses odieux blasphèmes, je me suis dit qu'un homme qui soutient sa cause par de telles armes et attaque son ennemi par l'injure ne peut être qu'un homme de mauvaise foi. »
Ce retour à Dieu ne devait plus tarder beaucoup. Le 13 octobre 1800, un peu plus d'un an depuis l'accident qui avait brisé sa carrière, après s'être vu plusieurs fois au seuil de la mort sans vouloir revenir de son impénitence, Nicolas Potot s'avouait vaincu par la miséricorde de Dieu et reprenait la pratique religieuse. Il n'était pas homme à faire les choses à demi. Rentré dans la vie civile, il s'affirma dès le premier jour chrétien tout d'une pièce et ignorant du respect humain. Toutes les œuvres de piété et de