‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 104 sur 382 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

charité de la ville de Metz trouvaient dans le commandant Potot un zélateur toujours prêt à payer de sa personne et de sa bourse. Après la dispersion des Pères de la Foi en 1807, le Père Robert Debrosse ayant été nommé aumônier de l'hôpital Saint-Nicolas de Metz, des relations d'intimité s'établirent entre le religieux et l'ancien officier; ces deux âmes éprises de perfection étaient faites pour s'entendre. Ensemble ils fondèrent l'œuvre des Bons livres^ qui devint rapidement prospère et de Metz passa à Bordeaux et dans beaucoup d'autres villes'.

Le Père Debrosse fit part à son ami de l'espoir qui était la raison d'être de la Société des Pères de la Foi, la reconstitution de la Compagnie de Jésus; mieux encore il l'amena à faire les Exercices spirituels de saint Ignace. Le commandant Potot sortit de cette retraite de dix jours avec la flamme de l'apostolat et du sacrifice de soi-même dans le cœur. Dès lors son parti était pris; il appartenait <à Dieu et aux âmes; seules ses infirmités l'obligèrent d'en ajourner à plus tard l'exécution. Enfin au mois de septembre 1818, âgé de 47 ans, après avoir suivi pendant un an et demi les cours de Théologie du séminaire, il reçut l'ordination sacerdotale. Chargé d'abord delà direction de plusieurs communautés religieuses, l'abbé Potot, nommé chanoine, devenait en 1825 Supérieur des Missions diocésaines, que le nouvel évéque de Metz, Mgr Besson, à

I. Voici en quels termes le commandant Potot, devenu l'abbé Potot, s'exprimait sur les débuts de l'œuvre, dans un Compte rendu présenté kV Association de persévérance, le lo janvier 1829 :

« La ville de Metz, plus heureuse sous ce rapport que beaucoup d'autres, possède depuis longtemps un précieux dépôt de bons livres qui se prêtent gratuitement. Mais ce que presque tout le monde ignore, c'est que ce fut dans l'humble réduit du chapelain d'un de nos hospices que le vertueux abbé Debrosse prit, vers 181 1, l'initiative de cette bonne œuvre que bientôt le zèle de Mgr l'archevêque de Bordeaux fit exécuter en grand dans son diocèse. Peut être fut-ce le modeste prélude de ces grandes entreprises ou sociétés formées depuis à Grenoble, à Paris, à Bruxelles et ailleurs, pour la propagation des bons livres. C'est à la ville de Metz qu'on devra attribuer l'honneur d'avoir donné naissance à cette œuvre, qui deviendra une œuvre nationale, et bientôt celle de tous les pays. »

peine installé sur son siège, avait fondée l'année précédente. C'était une œuvre à organiser et à diriger dans ses débuts. L'abbé Potot s'y dépensa sans compter. Mais, en dépit d'une ferveur qui outrepassait souvent les limites de la prudence, le saint prêtre n'avait pas l'âme en paix. Il avait accepté cette dernière charge par pure obéissance et sans même avoir été consulté. Du reste, s'il était entré dans le clergé séculier, c'est qu'on lui avait persuadé que les besoins immédiats du diocèse lui imposaientle sacrifice de ses préférences. Son attrait l'appelait ailleurs. Chartreux ou Jésuite, il n'avait jamais hésité qu'entre ces deux partis.

Dès le rétablissement de l'Ordre de saint Ignace, il s'était promis de ne rien épargner pour l'attirer à Metz. En 1819, une première négociation fut entreprise à cet effet; l'abbé Potot, d'accord avec l'évêque, Mgr Besson, avait fait prier publiquement à la cathédrale pour en obtenir la réussite. Les Jésuites n'étaient pas alors en mesure d'accepter cette fondation. On revint à la charge par trois fois entre 1825 et 1830 sans plus de succès. Entre temps, le Père Guyon avait prêché à la cathédrale de Metz le Carême de 1827; il y avait ajouté une retraite pour la garnison; sa parole ardente avait comme à l'ordinaire produit un ébranlement général et les instances s'étaient faites plus vives auprès du Provincial des Jésuites, qui s'excusait toujours, non sans laisser un peu d'amertume au cœur du vénérable évêque. Enfin la révolution de Juillet, ayant dispersé le petit groupe des missionnaires diocésains, rendit du même coup sa liberté à l'abbé Potot; peu après un deuil de famille tranchait le dernier lien qui l'attachait encore au monde. Il n'avait jamais cessé d'entretenir des relations avec les Jésuites et surtout avec son cher Père Debrosse. Le 25 janvier 1832, il lui écrit :

« Ma sœur vient de mourir; moi-même je m'en vais et le temps de ma délivrance est proche. Le choléra arrive, et les fonds sont là qui me pèsent furieusement. Que faire ? Je n'ai nullement changé de façon de penser au sujet de

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