CHAPITRE IV
la Compagnie, et je chanterais de bien bon cœur le Nunc dirnitlis^ si je pouvais l'attirer ici. Monseigneur, quoique mécontent des refus qu'il a essuyés, ne tiendrait pas contre l'arrivée de quelques ouvriers ; ce serait le moyen de faire la paix. La maison de la Mission est toujours là; j'y suis resté seul pour vous la garder. Si on la trouvait trop en vue dans les circonstances, j'ai la maison paternelle qui est vacante, toute meublée et où il n'y aurait rien à faire qu'à se mettre à table... »
Cette fois les désirs du généreux chanoine allaient être comblés au delà même de ses espérances. Sa proposition fut transmise au Père Druilhet encore Provincial à ce moment, lequel répondit en annonçant sa très prochaine visite à Metz. Il s'y trouva en effet, le 9 avril. Tout fut réglé pour l'ouverture de la résidence; Mgr Besson déclara que c'était là pour lui le sujet d'une grande consolation, qu'il y voyait une miséricorde de la Providence pour la ville et le diocèse de Metz; il regrettait seulement de n'être pas en mesure de subvenir aux frais de l'établissement et de l'entretien des précieux auxiliaires qu'elle lui envoyait. Sur quoi l'abbé Potot s'empressa de le tranquilliser; lui-même prenait tout à sa charge.
Il avait été convenu que les Pères s'installeraient dans sa maison. En attendant leur arrivée, il se mit donc en mesure de l'aménager conformément à sa nouvelle destination. Le Père Provincial consulté par lui à ce propos, répond en entrant dans quelques détails qui ne sont peutêtre pas sans intérêt :
« ... Vous pouvez laisser quelques fauteuils au salon pour les personnes en dignité, l'évêque, les grands vicaires, etc.. Quant aux chambres des religieux, leur ameublement est simple; une couchette, paillasse, matelas, traversin et rideaux, une cuvette et un pot à eau, un balai de crin, une table, en forme de bureau si l'on veut, deux ou trois chaises, quelques rayons pour mettre des livres, un prie-Dieu simple : voilà tout l'ameublement d'un Jésuite qui jouit des honneurs de l'hospitalité; car ils ne
ils ne sont pas partout traités d'une manière aussi magnifique; mais enfin on peut aller jusque-là. Je désire aussi qu'on supprime pour eux l'argenterie et le linge de table damassé. Je dis « pour eux » ; car, s'il se trouve à table des étrangers, ce qui peut arriver quelquefois, on peut pour leur service user de l'une et de l'autre. »
Les deux premiers Jésuites envoyés à Metz furent le Père Jean-François Barlhès et le Père François Morin; la résidence fut ouverte ofliciellement au mois de janvier 1833, avec le Père Barthès pour Supérieur. Mais entre temps le vénérable chanoine, non content d'offrir à la famille de saint Ignace le vivre et le couvert, avait fait part au Père Provincial de son désir, depuis si longtemps caressé, d'y être admis pour son compte. Ayant dépassé la soixantaine, il ne comptait guère le voir exaucé. De fait la règle ne permet pas de recevoir des novices au-dessus de cinquante ans. Mais le cas était assez exceptionnel pour autoriser une dispense. Le chanoine Potot sexagénaire commença donc son noviciat, le 18 janvier 1833, dans sa propre maison, sous la direction du Père Barlhès. Puis, au mois d'octobre suivant, il reçut ordre d'aller le continuer à Estavayer avec les Pères du Troisième An. Il s'y trouva en compagnie de plusieurs religieux dont lé nom reviendra dans cette Histoire et qui comptent parmi ceux que la jeune province de France s'honore d'avoir formés : Raymond Estève, Xavier de Ravignan, Ferdinand Brumauld,. Louis Garnier, Pierre Gotain, Arthur Martin, Pierre Ghaignon, etc. Ils avaient pour « instructeur » le vénéré Père Godinot. Le Père Potot apprit de ce maître expérimenté à corriger une certaine âpreté de vertu et une sévérité de principes assez fréquentes chez ceux que la grâce a ramenés de loin, et qui jusqu'alors avaient paralysé son action auprès des âmes, en même temps qu'elle le maintenait lui-même dans une disposition habituelle d'anxiété douloureuse.
De retour à Metz à l'automne de 1834, le Père Potot fut dès lors parmi les membres de la résidence. Le Père