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CHAPITRE IV

Provincial lui ayant exprimé le désir qu'il prêchât le carême suivant, il songea d'abord à s'excuser sur son manque de préparation. « Cependant, ajoutait-il, nos bons Pères sont tellement excédés et dans une telle impossibilité de suffire à tout ce que leur zèle voudrait pouvoir accorder, que je suis résolu à ne rien refuser, en vertu de cette persuasion dans laquelle je vis, que tout est possible à celui qui obéit. » La petite résidence de Metz était donc dès lors en pleine activité; en cette année 1833 elle comptait déjà cinq Pères; l'année suivante ils étaient sept, aidés de deux Frères coadjuteurs, et l'on commençait à se trouver à l'étroit dans la maison du Père Potot. Pour lui, convaincu dans son humilité qu'il avait à réparer beaucoup de temps perdu, il entendait bien ne pas se ménager; sans égard à ses infirmités et au dépérissement de ses forces, il se laissait envahir par un ministère que sa réputation de sainteté et sa situation personnelle rendaient de jour en jour plus chargé. Les soldats à leur tour subirent l'attraction de l'ancien commandant et il se vit obligé d'organiser pour eux une réunion pieuse qui se tenait dans la chapelle de la résidence deux fois par semaine et qu'il dirigea jusqu'à son dernier jour.

Au commencement de 1837, le Père Potot, atteint par le froid de l'hiver, contracta un mal qui parut d'abord sans gravité ; mais son tempérament, usé moins par l'âge que par ses austérités d'autrefois, ne put réagir. Il s'éteignit doucement le 2 mai. Il avait soixante-cinq ans et quelques mois. Sa conversion avait reproduit trait pour trait celle d'Ignace de Loyola ; par une dernière ressemblance, il mourait au même âge que le saint fondateur. Sa mort fut un deuil public pour la ville de Metz où sa mémoire est restée en vénération'.

I. La tombe du P. Polot n'avait pas cessé après plus de soixante ans d'être un but de pieux pèlerinage. « On y voit allumés un grand nombre de cierges apportés par ceux qui invoquent son intercession. M. Paixbans, son neveu, a fait élever un luonument où le Père est représenté agenouillé sur son genou gauche; la jambe droite, qu'il ne pouvait plier à cause

Quant à la Compagnie de Jésus, le souvenir du Père Potot lui est cher à plus d'un titre. Outre qu'elle lui doit son rétablissement dans la capitale de la Lorraine, elle voit en lui comme l'ainé d'une branche de la famille pour laquelle elle aurait peut-être quelque préférence. L'Ordre de saint Ignace, institué pour la défense de l'Eglise et les conquêtes de l'apostolat, par un chevalier à l'âme héroïque, a pris de ses origines une allure militaire qui exerce son attrait sur ceux qui, ayant porté l'épée ou destinés à la porter pour le service de leur pays, se sentent appelés à ne plus servir que Dieu. Aussi la nouvelle Compagnie de Jésus en France au cours du dix-neuvième siècle a reçu en grand nombre des officiers de terre et de mer. Entête de ce contingent marche le chef de bataillon aux armées delà République, Nicolas Potot'.

Nous avons raconté comment la Mission française du Portugal avait été expulsée dans l'été de 1834; en même temps le collège français du Passage était à son tour brutalement fermé par le gouvernement libéral espagnol ; les élèves étaient ou rendus à leurs familles ou renvoyés en France avec leurs maîtres. On a vu plus haut que la Providence ménagea une compensation en Belgique ; la négociation fut longue et difficile; le Provincial de France la termina à force de persévérance et de délicatesse; à la rentrée de 1835 Briigelette remplaçait avantageusement le pauvre petit collège de la côte basque dont la courte existence avait été traversée dotant d'épreuves. L'année

de ses blessures, reste étendue. Il tient à la main un crucifix qu'il adore. Sa tête, sculptée par un artiste messin sur un dessin du iJrofesseurThiel, passe pour être ressemblante. On cite plusieurs guérisons obtenues par son intercession. » (Vianson-Ponté. Les Jésuites à Metz. P. 97. Strasl)ourg, 1897.)

I. Dix ans après la mort du saint religieux a été publiée la Vie du R. P. Potot de la Compagnie de Jésus, ancien avocat au Parlement, ancien chef de bataillon, ancien chanoine de Metz, par un Père de la même Compagnie. A. M. D. G. Paris etLyon, Poussielgue-Russand, 1847. Le biographe anonyme est le P. Le Lasseur.

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