‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 109 sur 382 · I. Archiv. rom. France. 8. I · texte numérisé non relu

I. Archiv. rom. France. 8. I

tout dire en un mot, je crois que le Roi et ses ministres nous veulent plus de bien qu'ils ne peuvent ou n'osent peut-être nous en faire. »

La réflexion finale paraît inspirée d'un optimisme un peu candide. Dans sa loyauté confiante, le Père Renault prenait pour argent comptant les bonnes paroles que les hommes d'Etat ne refusent à personne dans l'intimité d'une conversation. M. Guizot ne sut jamais s'affranchir de ses préjugés protestants contre les Jésuites; nous en retrouverons plus d'une fois la trace dans ses discours et plus encore dans ses instructions ministérielles. Mais il faut reconnaître que, dans la circonstance à laquelle il est fait allusion ici, il était parfaitement sincère. Il préparait à ce moment un projet de loi sur l'enseignement secondaire. Ce projet, déposé au mois de janvier 1836, était beaucoup plus libéral que ceux qui le suivirent jusqu'en 1849. L'odieuse « déclaration » introduite par les Ordonnances de 1828 en était absente, et si la loi Guizot eût été votée, les collèges libres, sans excepter ceux des Jésuites, eussent été ouverts quatorze ans plus tôt.

Fort des assurances qu'il avait reçues en haut lieu, le Père Renault encouragea ses subordonnés à aller de l'avant et à pratiquer sans dissimulation leur vie de religieux et d'apôtres. Désormais, tout en évitant de s'afficher, ils ne craindraient plus de se laisser voir. Ce n'était pas assez, les Jésuites français, hier encore dispersés ou exilés, oseraient accueillir à leur tour des frères étrangers proscrits. L'intolérance libérale des ministres de la reine Isabelle venait de décréter l'expulsion des Jésuites d'Espagne. Immédiatement le Provincial de France met à la disposition de son collègue toutes les maisons de son obédience. Il fait même intervenir le Père Général pour appuyer son invitation et obtenir ce qu'il regarde comme une faveur : « J'ai écrit au Père Provincial d'Espagne de nous envoyer tous les Pères qu'il pourrait... Oserais-je demander à Votre Paternité de joindre un mot à ma prière ? Ce sera pour nous une grande consolation de

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