‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 122 sur 382 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

résultait. Vingt élèves de la grande École Normale sont depuis un ou deux ans chrétiens pratiquants ; eux et d'autres suivent avec intérêt les conférences... »

Fort peu ébloui d'ailleurs par ces résultats, l'humble religieux ajoutait : « Mais quelle masse, quelle masse hors de la vérité j'ai laissée, et pour laquelle j'ai dû nécessairement être un obstacle par mes péchés, mon orgueil et mes vices! » (11 Juin 1839.) Le Père Roothaan répondit : « Quand j'ai vu Jésus-Christ et la Croix, j'ai reconnu mon cher Père de Ravignan, le disciple fidèle de saint Ignace et des Exercices. Avoir pu prononcer l'adorable nom de Jésus-Christ sans être insulté, c'est beaucoup sans doute. »

Malgré ces félicitations, il semble bien que dans l'entourage du Père Général certaines préventions persistaient encore à l'endroit des conférences de Notre-Dame. Le retentissement même de cette prédication inspirait des doutes sur son efficacité. Le bien réalisé était-il en rapport avec le bruit qui se faisait autour d'elle? On voulait se rendre compte et l'on interrogeait ceux qui étaient en mesure de fournir quelque lumière. Nous trouvons la trace de ces préoccupations dans une lettre adressée au Père Roothaan, sur la fin de 1839, par le Père Boulanger, Supérieur delà maison de la rue du Regard : « Dans une ville immense comme Paris il est difficile de bien apprécier l'influence des conférences du Père de Ravignan. Il est cependant hors de doute qu'elles ont jeté de bonnes pensées dans une foule d'esprits, amené à l'église beaucoup de gens qui sans elles n'y seraient jamais venus, diminué les préventions, l'antipathie et la haine contre le clergé et augmenté l'espèce de bienveillance dont il est l'objet. Je ne doute pas non plus qu'un grand nombre de jeunes gens et d'hommes d'un âge mûr n'aient reçu de ces conférences une forte impulsion vers des recherches et des études plus sérieuses sur la religion, qui finissent toujours par lui ramener quelques enfants égarés. Elles ont certainement produit des conversions solides ; mais Dieu seul

en peut connaître le nombre. Je ne l'estime cependant pas fort grand... » (2 Décembre.)

L'opinion publique et l'autorité ecclésiastique elle-même étaient moins parcimonieuses dans les témoignages de leur satisfaction. L'auditoire des conférences était conquis, et cette année môme le conférencier était, si l'on peut dire, installé à demeure dans sa chaire. « Me voilà, écrivait-il, par le consentement des Supérieurs et sur les instances de Mgr l'archevêque de Paris, indéfiniment chargé des conférences de Notre-Dame tous les ans. On a cependant pris un certain terme, comme par forme, 1850. Qui vivra verra. » (13 Avril 1839.)

Le Père de Ravignan était plus désireux que personne d'en venir à la conclusion que la parole sacerdotale doit toujours avoir en vue. Ce fut à la station de 1841, après avoir préparé le terrain pendant cinq ans, qu'il crut pouvoir enfin franchir la dernière étape. Lui-même a fait à son Général son rapport sur cette manœuvre hardie dont le succès dépassa toute espérance : « L'idée de la retraite m'était venue, dit-il, presque dès l'origine des conférences. Jusqu'ici le moment n'avait pas paru convenable. Cette année je demandai, vers le milieu du Carême, et j'obtins toute liberté de Mgr l'archevêque. Il sembla prudent de ne rien publiera l'avance, de commencer aussi par une petite église. On me donna l'Abbaye-aux-Bois. Je m'assurai la grande et belle église de Saint-Eustache, en cas d'encombrement. On m'avait refusé Saint-Sulpice. Le dimanche des Rameaux seulement, à Notre-Dame, avant la conférence, j'annonçai, pour la Semaine Sainte, une retraite d'hommes; instruction tousles soirs, à huit heures, jusqu'au Samedi Saint inclusivement. »

Dès le premier jour, l'église de l'Abbaye-aux-Bois se trouva insufiîsante. « Le lendemain, continue le Père de Ravignan, Saint-Eustache était envahi dès trois heures pour huit, et l'on vint même plus tôt les jours suivants... J'ai pris dès l'abord toute la franchise du langage apostolique, et j'ai sans détour parlé de péché, d'enfer, de

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