CHAPITRE V
confession... J'ai confessé toute la semaine, six et sept heures par jour, des liommes jeunes, âgés, distingués ou du commun, tous fort arriérés. Un bon nombre venaientpour me soumettre des doutes, et je leur disais : Tenez, croyezmoi ; il y a un moyen ; mettez- vous là. — Et tous, un seul excepté, se sont confessés... Il y a eu un mouvement marqué à Pai'is; plus de Pâques partout; nos Pères ont confessé beaucoup plus d'hommes... »
Cette fois le Père Roothaan ne dissimule plus sa pleine satisfaction. Il répond au Père de Ravignan : « Si jusqu'à présent je vous ai plaint à raison de cet énorme travail des conférences auquel il me semblait toujours que le fruit ne correspondait pas, cette année-ci je suis consolé, réjoui avec vous dans le Seigneur; je lui en ai rendu et lui en rends mille et mille grâces, et je vous en félicite, mon bon Père, in Domino... Je n'ai pas besoin de dire que j'ai goûté aussi les conférences de cette année plus que celles des précédentes. Je conçois que, pour pouvoir dire à un tel auditoire ce que vous avez dit cette année, il fallait qu'il y fût préparé... Mais que dirai-je de la retraite et de ses fruits? Quel bonheur! Mille fois Dco gratias!... » (18 Mai 1841.)
Dès cette première retraite, il fut question d'une communion générale d'hommes à la métropole. Beaucoup l'eussent désiré. « J'y avais songé aussi, dit le Père de Ravignan; mais, après avoir consulté, je pensai qu'il valait mieux laisser les gens sur la faim et remettre à l'année prochaine. »
Cette belle manifestation de la foi catholique eut lieu en efïet pour la première fois en la fête de Pâques 1842. Depuis lors, elle s'est renouvelée, avec la retraite préparatoire, tous les ans, et personne ne peut dire quelle influence elle a eue sur les générations contemporaines. C'était le couronnement des conférences de Notre-Dame, couronnement nécessaire et désormais inséparable des conférences elles-mêmes. Pendant quatre ans encore, le Père de Ravignan put fournir à lui seul la double tâche;
il menait même de front à Notre-Dame deux retraites pendant la Semaine Sainte, l'une à midi, l'autre le soir. Grâce à l'étude approfondie qu'il avait faite des Exercices spirituels de saint Ignace, il pouvait exploiter, sans tomber dans des redites, ce fonds inépuisable.
En 1846, il se trouva à bout de forces, et il fut convenu avec ses Supérieurs que, la station achevée, il prierait l'archevêque de Paris de lui trouver un remplaçant. INlgrAfFre se montra contrarié de cette décision; il insista pour qu'elle fût différée, au moins jusqu'à l'année suivante. Le Père de Ravignan devait donc occuper encore la chaire de Notre-Dame au Carême de 1847. Mais dans l'intervalle la maladie de larynx se déclara au point de lui interdire d'y remonter de longtemps.
Nous laisserons ici l'historien de « la Monarchie de Juillet » formuler un jugement plus autorisé que le nôtre sur l'œuvre du Père de Ravignan dans ce poste élevé et difficile. Après avoir dit l'impulsion donnée par la prestigieuse éloquence de Lacordaire, M. Thureau-Dangin continue :
« Le nouveau conférencier ne pouvait faire oublier celui qui l'avait précédé; mais l'impressionne fut ni moins profonde, ni moins efficace. Tout contribuaità la produire : le talent de l'orateur, son accent d'une conviction imposante, l'autorité en quelque sorte visible de sa vertu, cette physionomie d'une noblesse si sainte qu'on a pu dire : Quand le Père de Ravignan paraît en chaire, on ne sait vraiment s'il vient de monter ou de descendre, et jusqu'à ce fameux sigiie de croix qu'il traçait lentement et grandement sur sa poitrine, après le silence du début, et qui était à lui seul une prédication. Sans doute il eût été impuissant à faire ce que Lacordaire venait d'accomplir; ce n'est pas lui qui aurait du premier coup attiré en foule les générations nouvelles sur le chemin de l'église qu'elles avaient oublié ; mais il arrivait à son heure pour compléter l'œuvre de son devancier. Celui-ci avait eu pour mission, comme il le disait, de « préparer les âmes à la foi ».