‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 125 sur 382 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sujet en termes qui prouvent que la nouvelle avait déjà été portée jusqu'à Rome : a ... Archevêché de Paris, oui, des bruits courent... Dieu m'est témoin que ce n'a été pour mon âme l'occasion d'aucune tentation; assurément, et ce n'est pas difficile à croire. Des gens qui se mêlent de tout ont jeté cette pensée en avant. Ce qui est moins excusable peut-être, iNlgr de Bonald en parla au roi et aux ministres... Du reste, mon Très Révérend Père, au cœur de votre enfant il n'y a pour toutes ces choses qu'un profond dégoût, il y a un amour sincère de la Compagnie, de ses vœux. Seulement une pensée m'est venue, mon orgueil mériterait d'être ainsi puni de Dieu. Mais que j'ai prié alors pour demander tout autre châtiment! »

Le Père de Ravignan menacé d'être fait archevêque de Paris et voyant dans cette menace une punition de son orgueil, voilà qui donne assez bien la mesure de l'incurable ambition que l'on prête aux Jésuites. Au surplus, le danger n'était peut-être pas bien sérieux. En France, les Jésuites modernes, moins encore que ceux de l'ancien régime, n'ont pas à craindre d'être contrariés pour l'accomplissement du vœu qu'ils ont fait de renoncer aux dignités ecclésiastiques.

Quant à Mgr Affre, il n'eut garde de tenir rigueur à un compétiteur aussi désintéressé. A peine élevé sur le siège métropolitain, non seulement il maintint le Père de Ravignan dans la chaire de Notre-Dame, mais il pressa de tout le poids de son intervention pour le fixer définitivement à Paris. Il faut, écrivait-il au Père Général, que le Père de Ravignan « continue son apostolat toute l'année dans la capitale. Toute la vie directrice de la France esta Paris... Si je savais qu'il pût être plus utile ailleurs..., j'oublierais les besoins de mon diocèse pour que la plus grande gloire de Dieu fût procurée... » Et le prélat ajoutait ce témoignage, un des plus beaux assurément et des plus rares qu'on puisse rendre à un homme en vue : « Ce qu'il est bon de vous assurer, c'est que je ne connais pas d'adversaire au Père de Ravignan; on peut dire que, au milieu

des divisions et des préjugés qui nous affligent, c'est un pliénomène assez remarquable ou plutôt une grâce toute spéciale de Dieu. » (23 Avril 1841.)

Avant de voir son nom mis en avant pour l'archevêché de Paris, le Père de Ravignan avait été proposé pour une fonction moins brillante, mais qui ne lui souriait guère davantage. La Faculté de Théologie de la Sorbonne, assez languissante pendant la Restauration, avait fini par disparaître dans la tempête de 1830. Les ministres qui se succédaient à l'Instruction publique en souhaitaient le rétablissement. M. de Salvandy et plus encore M. Cousin s'en occupèrent avec un zèle que le dévouement à l'intérêt et à l'honneur de l'Église n'était pas seul à inspirer. Il importait à l'Etat d'exercer sa part d'influence sur l'enseignement théologique. De son côté l'autorité ecclésiastique voyait des avantages sérieux à ce que les sciences sacrées eussent leur place dans le haut enseignement ofliciel. Dès 1838, Mgr de Quélen, persuadé par son vicaire général l'abbé Aff're, se préoccupait de recruter le personnel de la nouvelle Faculté. Le Père Guidée faisait part au Père Général des ouvertures qu'il venait de recevoir :

« L'archevêque de Paris demande le Père de Ravignan comme professeur de la future Sorbonne. J'ai répondu que cette question n'était pas de mon ressort, mais de celui du T. R. Père Général; que d'ailleurs beaucoup de points très délicats se rattachaient à cette question : l'enseignement des « quatre articles », sur lesquels nous ne fléchirions pas, l'organisation laïque de l'Université, des professeurs de Théologie nommés par un séculier... Mgr me répondit, mais assez faiblement, que les « quatre articles » ne seraient pas enseignés'. Quant à l'organisa-

I. Il paraît bien que le Gouvernement avait capitulé sur ce point. M. (Cousin s'en plaignait à la Chambre des Pairs, au mois de décembre suivant: « On vient de suspendre jusqu'à i85o l'article ■j du Décret de i8o8, prescrivant que, pour enseigner dans les Facultés de Théologie, il faut être docteur. Or, on ne peut être docteur sans avoir adhéré à la Déclaration de 1682... » [Moniteur 26 et 27 décembre i838, j). 2626.)

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