‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 134 sur 382 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dame, Joseph Félix, et celui de Jean-Baptiste Stumpf, le futur recteur de Saint-Clément de Metz.

Au moment où s'accomplissait l'exode des théologiens de Saint-Acheul, la Chambre des Pairs discutait l'Adresse au Roi. C'est à cette occasion que se produisaient toutes les critiques et toutes les querelles contre la politique générale du Gouvernement. M. Cousin se chargea de formuler les doléances de la haute Assemblée à propos de « la renaissance de la domination ecclésiastique ». M. Cousin était malade; la prudence lui conseillait, disait-il, « de se taire et de se retirer » ; mais son dévouement pour le bien de l'Etat ne lui permettait pas le repos ; car il avait à signaler « un danger menaçant pour la tranquillité publique ». Tout allait bien pendant les premières années du règne; « le clergé, enfermé dans les temples, se contentait de montrer le ciel. » Mais cela a bien changé. M. Cousin dénonçait alors en termes amers la scandaleuse intolérance de l'évéque de Clermont refusant la sépulture ecclésiastique au comte de Montlosier. « Cette affaire est si triste, concluait-il, que j'éprouve le besoin d'en détourner les yeux'. »

I. Montlosier était mort le 9 décembre i838; il avait refusé obstinément toute rétractation publique des oCfenses sorties de sa plume intempérante contre l'Église, la religion et ses ministres. Le cas était clair; sur l'ordre de l'évéque de Clermont. Mgr Féron, le clergé paroissial dut s'abstenir de paraître aux obsèques. En ce temps-là les mécréants eux-mêmes n'admettaient pas que le clergé pût refuser à n'importe qui les bonneurs de la sépulture chrétienne. L'évéque fut donc pour ce fait déféré au Conseil d'État, lequels'empressa de déclarer l'abus. (3o Décembre i838.) M. Cousin renchérissait sur celte senlence. Pourquoi avoir refusé la sépulture ecclésiastique à ce fervent chrétien? Parce qu'il n'avait pas voulu rétracter « l'acte le plus pieux de sa vie, le fameux Mémoire à consulter ». Ce n'était pas celui-là seulement; maisM. Cousin n'y regarde pas de si près. D'après lui Montlosier, en dénonçant les Jésuites, aurait rendu au pays un service inappréciable, « qui lui a valu d'être appelé dans cette enceinte ». Ainsi le siège qui lui fut donné à la

Puis, il passait aux Jésuites : « Un bruit se répand que Saint-Acheul se relève de ses cendres et qu'il se forme depuis quelque temps à Paris, au centre de l'autorité, un institut ou noviciat de Jésuites... S'il y a dans ces maisons un enseignementquelconque, s'il y a une école, alors, d'après l'article 2 du Titre 1^"^ du Décret de 1808 qui, je le répète, est une loi, toute école, tout établissement quelconque d'instruction doit être préalablement autorisé par le Grand Maître de l'Université. Cette autorisation se donne sur l'avis du Conseil de l'Université ; il faut qu'une demande soit formée, il faut que le règlement intérieur d'études et de discipline soit produit, il faut que l'établissement en question se soumette à la surveillance des inspecteurs de l'Université. » Or, bien certainement ces conditions n'ont pas été remplies en ce qui concerne Saint- Acheul. M. Cousin demandait compte au Gouvernement de la violation des lois tutélaires du précieux monopole. Et il terminait en protestant de sa piété et de son dévouement à l'Église, « l'Église gallicane, avait-il soin d'ajouter, mais pas l'Église jésuitique ».

Chambre des Pairs en i83o aurait été la récompense de l'étrange dénonciation que nous avons racontée plus haut. 'Voir Tome I, Chap. vn.) La révélation est au moins piquante. A cette partie de l'interpellation, le ministre de la Justice, M. Barthe, fit une réponse embarrassée. Le libéral et le parlementaire gallican ont peine à se mettre d'accord. Sans doute, disait le ministre, le pouvoir civil doit respecter la liberté du pouvoir ecclésiastique; mais quand celui-ci outrepasse son droit, cette liberté tourne au « scandale » ; alors le pouvoir civil doit intervenir et réprimer. C'est ce que le Gouvernement a fait en traduisant l'évêque au tribunal du Conseil d'État, qui l'a justement condamné; car l'évêque n'avait pas le droit de refuser les prières de l'Eglise au comte de Montlosier. — On en revenait à la théorie des sacrements administrés par ordre de MM. du Parlement, Ce fut Montalembert qui fit entendre le mot du bon sens au milieu de cette confusion : « Vous ne pouvez, dit-il sur la fin de la séance, forcer l'Eglise à faire des prières pour qui que ce soit... L'Église n'est pas une administration des pompes funèbres, à qui l'on puisse commander des prières comme on commande un cercueil ou des chevaux de deuil. » Seulement, par une de ces inconséquences auxquelles un catholique libéral ne saurait échapper, Montalembert avait commencé par déclarer que personne plus que lui ne blâmait la conduite de l'évêque.

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Le ministre, à qui l'esprit de modération des Jésuites avait épargné une exécution désagréable, put encore répondre avec un air de triomphe : « J'ai trouvé à Saint- Aclieul une maison de Hautes Etudes ecclésiastiques. Comme j'ai reconnu que cet établissement n'était pas conforme aux lois de l'Etat, des instructions ont été données, avec tous les ménagements qu'on doit à des situations pareilles, même en faisant observer les lois de l'État, et il n'y a plus un seul élève à Saint-AcheuIJ » Trois semaines après, le même scénario se déroulait à la Chambre des Députés. Sur un ton moins doucereux que M. Cousin, avec plus de prolixité, mais sans y rien ajouter au fond, M. Isambert fît entendre les mêmes récriminations contre les empiétements du clergé et les mêmes objurgations à l'adresse du Gouvernement coupable de connivence. Le Garde des Sceaux répéta la même défense, et en ce qui concerne Saint-Acheul, dans des termes à peu près identiques.

Attaqué avec une extrême vigueur sur ce point et sur beaucoup d'autres, le ministère Mole, bien qu'il gardât la majorité, se vit contraint de se retirer au lendemain du vote de l'Adresse. (22 Janvier 1839.) Les Jésuites ne pouvaient pas lui en vouloir; il avait cédé à une poussée irrésistible, et n'avait, en somme, sacrifié qu'une seule victime, celle qu'il ne pouvait arracher à la meute en furie. Malgré le déchaînement de la presse avancée et des partis d'opposition, aucune autre maison de la Compagnie ne fut molestée ; celle de Saint-Acheul expiait le tort de porter un nom qui avait été caressé par la gloire. C'était comme lo panache qui dans la mêlée attirait sur elle tous les coups.

Après le départ de la jeunesse appliquée à l'étude des Lettres ou de la Théologie, il y restait pourtant trop de monde ; une surveillance méticuleuse ne cessa de s'exercer autour des murs de la vieille abbaye. Les Supérieurs

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