Moniteur, 27 décembre i838, p
comprirent qu'il fallait encore réduire le nombre de ses habitants. Dès la fin de 1839, le Troisième An émigra à Notre-Dame-d'Ay. Seul le noviciat y fut maintenu, avec une résidence d'ailleurs assez importante ; cet état de choses dura jusqu'en 1850. Nous y retrouvons le vaillant missionnaire de la Picardie et de l'Artois, le Père Sellier, gardant en dépit des années une ardeur toute juvénile. A la date du 19 Février 1839, les Annales domestiques nous montrent l'intrépide vieillard, après une retraite au collège Haffringue de Boulogne, allant au Portai évangéliser les pêcheuses. Ce jour-là vingt-huit barques portant près de trois cents hommes étaient parties en mer. Elles furent surprises par un gros temps, et la nuit venue, pas une n'était rentrée. Le Père Sellier convoqua les femmes et les enfants; toute la nuit se passa en prières coupées par les exhortations du prédicateur. Au lever du jour douze barques regagnaient le port, et avant le soir, les seize qui restaient reparurent l'une après l'autre. Pas un de ceux qui les montaient ne manquait à l'appel.
Au reste, tout le bruit fait autour de Saint-Acheul ne parvenait pas à enlever aux Jésuites la confiance du clergé et des populations qui les voyaient à l'œuvre. Plus que jamais on recourait à leur ministère et il leur était impossible de recueillir toute la moisson qui s'offrait à eux. « Voici, écrivait le Père Solente, recteur et maître des novices, que le diocèse d'Arras s'est ouvert cette année de même que ceux de Cambrai et de Rouen... De toutes parts on nous demande des missionnaires. J'en aurais bien facilement placé une centaine depuis trois mois '. »
En même temps le noviciat entrait dans une période d'abondance. La même lettre racontait un fait significatif. L'évêque d'Amiens étant allé faire visite au Père Recteur malade, lui avait dit : « Vous verrez probablement se présentera vous le meilleur sujet de mon séminaire; examinez-le et, si c'est sa vocation, je ne m'y opposerai pas. »