CHAPITRE V
l'arrivée des Parisiens, le total ne fut guère que de vingtcinq à trente; ceux-ci d'ailleurs ne restèrent pas longtemps, car, en l'année 1843-1844, la Province de Paris ouvrit son scolasticat de Théologie à Laval.
L'administration du Père Louis Valantin fut marquée par une double acquisition intéressante pour l'avenir du scolasticat de Vais. Ce fut d'abord celle de l'enclos et des bâtiments, dits de Ghaballier, contigus au scolasticat luimême, et dont le voisinage était déjà et pouvait devenir parla suite plus incommode encore pour une maison religieuse. L'affaire semble avoir été conclue en 1842. Malgré cet agrandissement l'habitation n'était pas encore en rapport avec le nombre des habitants. « Notre logement à Vais, écrivait le successeur du Père Valantin, est assez commode, mais petit, et nos scolastiques s'y trouvent à l'étroit. )) (9 Octobre 1842.) L'autre acquisition avait eu lieu trois ans plus tôt. Dès son entrée en charge, le Père Valantin s'était préoccupé de procurer au scolasticat une maison de campagne, luxe indispensable à un établissement où, sous l'étreinte combinée de la discipline religieuse et d'une application intense à l'étude, les santés risquent de succomber. C'est le saint fondateur lui-même qui a voulu que les étudiants de la Compagnie eussent un endroit pour changer d'air et se délasser. Dans sa pensée, la maison de campagne devait être en même temps une solitude favorable au recueillement et aux Exercices spirituels.
Le vieux château de Mons paraissait se prêter admirablement à cette double destination. C'était un assez misérable logis, presque une ruine, mais dans une situation charmante, à une petite lieue de Vais, sur une hauteur d'où l'on embrasse la vallée de la Loire et tout le pavsage si original où s'encadre la ville du Puy. Les réparations et les constructions les plus urgentes furent faites presque entièrement aux frais du Docteur Alban Valantin, un cinquième frère, presque aussi dévoué que les quatre autres à la famille de saint Ignace. Le 12 Mars 1841, l'évêque
256 LA COMPAGNIE DE .lÉSUS
du Puy posa la première pierre de la chapelle dédiée au Sacré-Cœur; il en fit la bénédiction solennelle au mois de juillet de l'année suivante. Une grosse tour située à cinquante pas de la maison devint l'oratoire de Notre- Dame des Apôtres. La liste serait longue de ceux qui sont venus y chercher ou y afFermir leur vocation de missionnaires. Ces détails n'ont sans doute pas grand intérêt pour le public; mais quel trésor d'émotions ils réveillent chez les nombreux enfants de la Compagnie encore vivants qui ont passé à Vais les meilleures années de leur vie religieuse !
Au reste nous voyons parla correspondance des Supérieurs que la maison de Vais était alors pour eux un sujet de satisfaction presque sans mélange. « Vais vous donnera de la consolation », écrivait le Provincial de Lyon au Père Général. (16 Juillet 1840.) Et encore, « la charité, la régularité, l'amour de l'étude, l'union fraternelle surtout règne et domine ici et mérite tout éloge ». Une autre fois . « Chacun de nos scolastiques ambitionne d'être envoyé en Chine, au Maduré, en Orient... Grâce à Dieu, Votre Paternité pourra choisir... Vais est une pépinière pour nos Missions. » (23 Juillet 1842.) C'est là un thermomètre qui indique assez exactement le degré de ferveur dans une communauté comme celle qui nous occupe.
Quelques semaines plus tard, le Père Maisounabe, recueillant la succession du Père Valanlin, écrivait : «Je reçois la maison dans un état prospère sous le rapport moral. Depuis huit ans que je suis au scolasticat de ^'als, je l'ai vu s'améliorer chaque année. » (9 Octobre 1842.) Ce que le nouveau Recteur ne disait pas et ne pouvait pas dire, c'est que lui-même était pour beaucoup dans cette situation prospère dont il rendait témoignage '.
I. « Le scolasticat va très bien. Une grande partie du bien qui s'y opère est due au Père spirituel, le P. Maisounabe. » (Le P. Maillard au R. P. Général i6 juin i84i.) Plusieurs lettres des années précédentes renferment des témoignages semblables.
GHAPITJRE V 257
Professeur d'Histoire ecclésiastique depuis le premier jour du scolasticat, il avait dû, à partir de 1839, ajouter à celte charge celle de directeur spirituel, et c'est en cette qualité qu'il avait exercé une influence heureuse que les Supérieurs étaient unanimes à reconnaître. Elle se manifesta sensiblement dans une circonstance dont les Annales font mention, à la date de 1840. 11 s'agit d'un changement apporté par ordre à un usage particulier au scolasticat de Vais, changementsans grande importance en lui-même, mais qui n'en constituait pas moins une petite révolution dans l'existence monotone d'une communauté très régulière. L'habitude s'y était établie que les théologiens prenaient leurs récréations en compagnie des Pères de la résidence et de leurs professeurs. Ce mélange est assez généralement de règle dans les grands séminaires, ce qui prouve qu'il a ses avantages. Dans les Ordres religieux, c'est plutôt la séparation qui est de règle, et pour ce système non plus les bonnes raisons ne manquent pas. Le Père Général avait fait à plusieurs reprises ses remontrances sur la pratique de Vais ; la réforme avait toujours été ajournée. Enfin les rapports qu'il recevait sur le bon esprit de la maison lui donnèrent lieu de croire qu'il pouvait exiger un sacrifice. Il demanda donc formellement qu'on revînt à l'usage universellement adopté dans la Compagnie'. De fait, la séparation s'établit immédiatement, le plus simplement du monde, sans ombre de froissement ni de récriminations.
On sait que, après la chute de son impérial neveu, le cardinal Fesch s'était retiré à Rome, sans vouloir jamais jusqu'à son dernier jour, malgré les instances des Papes eux-mêmes, se démettre de l'archevêché de Lyon. Le
I. « Scolasticorum conjunctio cum patribus in recreatione omnino contraria est universalis Societatis consueludini. Memini me ante plures annos contra abusum hune reclamasse. » (i8/(0.}
diocèse fut gouverné d'abord par les vicaires généraux, puis, à partir de 1823, par Mgr de Pins, archevêque d'Amasie, en qualité d'administrateur apostolique. La mort du cardinal survenue en 1839 mit fin à cette situation anormale, qui avait duré un quart de siècle. Mgr de Donald fut désigné pour lui succéder sur le siège primatial de Lyon. Tout en se réjouissant de son élévation, les Jésuites de Vais ne pouvaient voir sans regret s'éloigner un prélat qui avait été pour eux le protecteur le plus dévoué et Tami le plus constant. Une lettre du Père Valantin raconte sa dernière visite et ses adieux :
« Avant de quitter Le Puy, Mgr de Donald est venu passer vingt-quatre heures à Vais au milieu de nous. Au moment où il devait s'en retourner, nous l'avons prié de nous bénir encore une fois tous réunis. Il s'est prêté à nos désirs et nous a dit : — Vous êtes heureux, mes Pères, d'appartenir à la Compagnie de Jésus. 0 la belle vocation ! Vous êtes à l'abri des grands dangers des dignités ecclésiastiques, et vous travaillez efficacement à votre salut en procurant la gloire de Dieu et le salut du prochain. Souvenez-vous de moi devant Dieu ; je vous le demande, j'en ai grand besoin. Vous savez combien j'aime et j'estime votre Compagnie. Ce que j'ai été pour vous au Puy, je le serai à Lyon... Vous me devez peut-être quelques prières. Hélas! Voilà dix-sept ans que j'étais évêque du Puy. Ces dixsept ans ne sont plus qu'un rêve. Encore quelques années peut-être sur un siège plus redoutable, et puis il me faudra rendre compte à Dieu de mon administration. Encore une fois je vous demande de prier pour moi. » (8 Juillet 1840.)
Le successeur de Mgr de Donald hérita de sa bienveillance pour la communauté de Vais. Pendant les six ans qu'il gouverna le diocèse du Puy, Mgr Darcimoles ne cessa de lui en donner des preuves en toute occasion. Il ne manqua pas une fois de faire sa retraite annuelle sous la direction d'un Père, soit à Mons, soit à Vais même. Quand il fut transféré à l'archevêché d'Aix, en 1846, il vint prendre