CHAPITRE V
congé des scolastiques qui lui donnèrent une séance de poésie et de musique. Ce fut, disent les Annales, les larmes aux yeux qu'il les remercia et qu'il protesta de son estime inébranlable pour la Compagnie qu'il s'estimait heureux de retrouver dans son nouveau diocèse.
L'épiscopat de Mgr Darcimoles fut marqué par un événement du plus haut intérêt pour l'I^glise du Puy. En vertu d'un très ancien privilège, elle jouissait des faveurs du jubilé lorsque le vendredi saint tombait au 25 mars, se rencontrant avec la fête de l'Annonciation. Cette coïncidence se produisit en l'année 1842. Le jubilé avait été célébré pour la dernière fois en 1785. Mgr Darcimoles obtint du Souverain Pontife ratification et confirmation du privilège in perpetuum. Mais tout d'abord on hésita beaucoup sur l'usage qu'on allait en faire. Les populations n'avaient plus la foi des anciens âges; en les conviant à profiter d'une grâce que sans doute elles n'appréciaient guère, on s'exposait à un échec. On ne fit donc qu'une publicité timide et restreinte. Le résultat dépassa toutes les prévisions. Pendant les trois semaines que dura le jubilé, c'est-à-dire le temps de la Passion et la semaine de Pâques, la vieille cité de Notre-Dame vit affluer des multitudes que les estimations les plus modérées, et apparemment les plus vraisemblables, portent à 1.30.000 personnes. On compta trente-deux processions, où l'on voyait défiler jusqu'à six et sept mille pèlerins. A la seule église de Notre-Dame on distribua près de 60.000 communions.
Naturellement le clergé de la ville et des environs dut fournir une somme de travail extraordinaire; la communauté de Vais en eut sa large part; elle envoya des prédicateurs aux quatre paroisses du Puy; mais surtout on s'y dépensa sans compter dans le ministère des confessions. On avait avancé l'ordination de l'année pour avoir quelques prêtres de plus au service des pénitents qui, du matin au soir, remplissaient l'église et se répandaient dans la maison. Pour ceux qui entendaient les confessions dans les églises paroissiales, les séances se prolongeaient bien
avant dans la nuit. Le Père de Bussy, qui après deux ans d'exil dans la capitale, venait de reprendre son apostolat au Puy, vit presque tout ce qu'il y avait de soldats dans la garnison se mêler à ses congréganistes pour gagner leur jubilé.
Au reste les appels sans cesse renouvelés des curés de la région ne laissaient guère chômer le zèle des Pères de la résidence de Vais. Nous les voyons inscrire annuellement au catalogue de leurs œuvres de douze à quinze Missions; le chiffre monte même à dix-sept l'année d'après le jubilé. Parmi les retraites, bien autrement nombreuses, on se plait à mentionner celle qu'on a pris l'habitude de donner au collège royal. En 1840, pour aller au-devant des récriminations contre l'esprit d'envahissement des Jésuites, le Père Valantin pria le proviseur de vouloir bien lui adresser sa demande par écrit, et l'honnête fonctionnaire s'empressa de déclarer que c'était bien sur son initiative à lui et sur son instante requête qu'un fils de Loyola venait évangéliser le personnel et les élèves d'un établissement universitaire. Le prédicateur de cette année, dont malheureusement on ne dit pas le nom, eut d'ailleurs un succès peu ordinaire. Il parvint à réunir les meilleurs collégiens en une petite congrégation de Saint- Régis; il ol)tint que la chambre du Saint fût transformée en chapelle ' ; enfin il fut convenu qu'il reviendrait tous les mois entendre les confessions des pensionnaires qui voudraient s'adresser à lui. Pour les externes il leur était facile d'aller le trouver à Vais.
Quant aux scolastiques, il n'est guère d'usage dans la Compagnie de leur demander autre chose que de se donner lout entiers à leurs études. Saint Ignace leur enseigne que c'est leur moyen à eux de procurer le salut des âmes et la plus grande gloire de Dieu. Toutefois,
I. Au Puy comme en tant d'autres villes, le collège royal, aujourd'hui le lycée, avait été installé dans l'ancien collège de la Compagnie de Jésus, où saint François Régis avait passé la plus grande partie de sa vie religieuse.