CHAPITRE VI 2G
semaines après, le Père Général revenait sur le même sujet : « J'espère que l'année prochaine les maisons de Lyon et de Paris pourront paraître au Catalogue avec le litre de maisons professes. » (20 Janvier 1837.)
Par suite d'un malentendu, le Père Druilhet croyait la chose déjà faite et ce n'était pas sans quelque appréhension qu'il envisageait les conséquences de la dignité attribuée à sa maison et à sa personnel La maison professe^ d'après les Constitutions de saint Ignace, est ce que l'on pourrait appeler la maison-mère dans chacune des Provinces de la Compagnie, celle par suite qui doit servir de modèle à toutes les autres et oîi la règle doit être pratiquée dans toute sa rigidité. L'une de ses caractéristiques c'est que la pauvreté religieuse y est absolue ; la maison professe ne peut posséder aucune source de revenu, et donc elle doit vivre au jour le jour, sur les fonds de la Providence et de la charité publique. Etant données les idées qui ont cours aujourd'hui sur la richesse des Jésuites, on conçoit qu'établir une maison de leur Ordre dans ces conditions, fut-ce même à Lyon ou à Paris, serait une entreprise plus que tém.éraire. On le comprit à Rome, et le projet fut abandonné.
Devenue chef-lieu de la nouvelle Province, la résidence de Lyon comptait dès la première année un total de vingtcinq religieux. Le Père Druilhet rendait compte de l'état de sa communauté avec sa franchise ordinaire qui ne sait pas dissimuler les côtés faibles : « Le personnel de la maison est nombreux, trop nombreux pour ses moyens de subsistance. Nous sommes ici dix-sept prêtres; quatre seulement sont vrais operarii^ les PP. Guyon, Ferrand, Maillard et Nivet; les autres en portent le titre, mais sont vieux ou malades, ou hors de combat... C'est beaucoup
I. « Je ne crois pas, mon T. R. Père, avoir écrit à V. P. depuis l'érection delà résidence de Lyon en maison professe et de son pauvre supérieur .en Père Préposé. Je sens que de nouvelles obligations nous sont imposées par ces titres... » (Lettre du P. Druilhet au 11. P. Rootbaan, 2^ décembre i830.)
trop peu pour les besoins de Lyon; on s'en plaint, on trouve que les Jésuites ne répondent pas à l'attente générale... » (16 Janvier 1837.)
L'année suivante, le rapport n'est guère plus triomphant : « Nos prédicateurs de Carême donnent leurs stations; nous en avons deux à Lyon, les PP. Maillard et Ferrand, et deux au dehors, les PP. Nivet et Guyon. Ce dernier est toujours dans les Missions à fracas; l'autre est plus simple, moins extérieur, mais fait du bien. Les deux premiers sont goûtés à Lyon, le Père Ferrand plus orateur, le Père Maillard plus missionnaire... Trois ou quatre autres Pères, ouvriers de second ou de troisième ordre, prêchent peu et mal, mais confessent beaucoup, des soldats, des pauvres, des servantes...; édifiants au dedans, ils font beaucoup de bien au dehors, et maintiennent la bonne renommée de la Compagnie... Le Père de Reverseaux est tout à son Suarez '... Tel est l'état actuel de la maison de Lyon; elle fait du bien, mais elle en ferait quatre fois davantage, si elle avait des ouvriers en proportion du désir des fidèles, des demandes des pasteurs et de l'extrême importance de sa position... » (11 Mars 1838.)
Le doyen de la communauté était le Père Roger, dont il a été longuement question au début de cette Histoire. 11 appartenait par son origine au diocèse de Coutances, et par là même à la Province de Paris. Quand on lui donna l'option, comme aux autres vétérans, il répondit, lui aussi, qu'il préférait s'en remettre à la décision des Supérieurs. Ceux-ci n'hésitèrent pas. Le Père Roger avait sa place marquée à Lyon. Nous avons dit comment, étant Père de la Foi, il y était venu dès 1801 et y avait créé des œuvres qui, aujourd'hui plus que centenaires, n'ont rien
I. Le P, Paul de Reverseaux, né le i8 juillet i8o5, mort le a3 janvier iS^a. L'ouvrage de Suarez dont il est ici question est le Tractatus de Religione Societatis Jesu. (Ancienne édition revue) fntroductio P. de Reverseaux. Animadversiones et Appendix de secreto rationis conscientiae. In-fo cviii-^4'4 PP- Paru en 185^. Paris, Bruxelles.