‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 144 sur 382 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

fête également, en famille, ceux à qui Dieu a accordé un demi-siècle de sacerdoce ou de vie religieuse.

Le Père Roger ne survécut pas longtemps à la célébration de son cinquantenaire. Moins d'un an après, comme il faisait sa retraite annuelle, on le trouva un malin dans son lit sans connaissance ; au bout de quelques heures il rendait le dernier soupir. C'était le 15 Janvier 1839. Le concours extraordinaire qui se fit autour de sa dépouille mortelle pendant deux jours entiers fut pour l'humble fils de saint Ignace la plus belle des oraisons funèbres. Plus de cinq cents hommes de toute condition assistèrent à ses funérailles, et quand on l'eut déposé dans sa tombe, les ouvriers de sa congrégation, sur l'invitation de leur président, se mirent à genoux, dans la neige, pour lui dire dans une dernière prière leur vénération et leur reconnaissance. Au mois de Juin 1856, les restes du Père Roger furent exhumés et transférés dans la chapelle des Dames de Nazareth, à OuUins.

La mort du cardinal Fesch qui suivit de près celle du Jésuite (13 Mai 1839) ne laissait pas d'intéresser aussi la résidence de Lyon. Mgr de Pins semblait tout désigné pour devenir archevêque titulaire d'un diocèse qu'il administrait depuis seize ans. Mais l'énergie de son attitude en face du pouvoir lors des Ordonnances de 1828 avait rendu sa nomination à tout jamais impossible. On savait d'avance que la candidature de l'archevêque d'Amasie serait écartée, si tant est qu'elle fût même posée. Le cardinal Fesch disparu, les Jésuites perdaient donc infailliblement le prélat qui les avait établis à Lyon et dont la bienveillance ne leur avait jamais manqué. De fait, Mgr de Pins n'attendit même pas que le Gouvernement eût désigné le successeur du cardinal; il partit pour la Grande-Chartreuse où il comptait finir ses jours; il y vécut quel([ue tcmp.s comme un fervent novice, s'astreignant à toutes les austérités de la règle ; mais le fardeau était au-dessus des forces d'un septuagénaire. 11 revint donc à Lyon et se

retira dans une petite maison voisine de Notre-Dame de Fourvière, où il passa encore dix ans dans l'exercice de la prière, de l'humilité et de la pénitence. Les Jésuites, établis eux aussi à cette époque sur la sainte colline, furent jusqu'à la fin honorés de la confiance du prélat, et il leur en donna un précieux témoignage en leur léguant ses papiers personnels^ Entre temps le siège primatial de Lyon avait reçu un titulaire en la personne de Mgr de Bonald^. Nous n'avons pas à redire quels étaient ses sentiments pour la famille de saint Ignace.

Un peu auparavant, le Père Renault étant arrivé au terme de ses six années de provincialat, il avait fallu lui donner un successeur dans le gouvernement de la Province de Lyon. Le Père Louis Maillard désigné pour cette charge est assurément une des figures les plus attachantes dans la série des Supérieurs de la Compagnie de Jésus en France au siècle passé. C'était une riche et exubérante nature que le ciel avait ornée des aptitudes les plus diverses. D'une activité prodigieuse, toujours prêt à se dépenser sans compter, dans toutes les besognes que l'obéissance peut demander à un Jésuite, l'esprit et le cœur également ouverts, optimiste par tempérament, il possédait dans un degré peu ordinaire le don précieux d'entretenir autour de lui l'entrain, la joie, la confiance qui rendent faciles le dévouement et le sacrifice. Reçu dans la Compagnie dès 1815 par le Père de Clorivière, il avait déployé à Bordeaux, à Sainte-Anne d'Auray, à Saint- Acheul, dans les fonctions de professeur ou de préfet, un ensemble de talents et de qualités qui le rendaient l'idole des élèves. Lors de la création du collège du Passage, il

1. Ces papiers forment plusieurs volumes conservés aux archives de la Province de Lyon. On aurait pu en tirer les matériaux d'une biograplîie de Mgr de Pins. Il est regrettable qu'un ouvrier ait manqué pour cette tâche.

2. Mgr de Pins mourut, âgé de 85 ans, dans la villa La Pair, à Fourvière, le 3o novembre i85o. Nommé le 5 décembre iBSg, Mgr de Bonald prit possession le 2 juillet iSiJo; il fut fait cardinal le i^i^mars i84i.

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