‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 145 sur 382 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

y fut appelé pour organiser tout à la fois les études et la discipline. Le Père Druilhet, alors Provincial, déclarait en rendant compte de sa visite, que le Père Maillard réussissait admirablement dans cette fonction, bien que, disait-il, « elle ne soit pas conforme à ses goûts, qui le porteraient vers la chaire, les retraites, les Missions...; mais il en a fait le sacrifice avec une générosité d'âme qui m'a donné pour lui une grande estime » (20 Mai 1831). A partir de 1834, il avait exercé son ministère à Lyon où, grâce à sa facilité et à son ardeur naturelle, il suffisait à des tâches multiples. Enfin il était depuis une année à peine Supérieur de la résidence de Toulouse, lorsqu'il fut appelé à gouverner la Province. Son biographe a raconté comment il en reçut la nouvelle. C'est une petite scène de mœurs religieuses qui ne manque pas de saveur.

« Le Père Maillard, dit-il, prêchait au mois d'août la retraite pastorale du séminaire de Viviers. Tout allait bien et il se promettait un heureux succès, lorsque, sans avis préalable, il voit arriver le Père J.-B. Gury, sociiis du Père Renault, Provincial de Lyon. Le Père Gury, chargé d'un message mystérieux, l'appelle à part, se met à genoux devant lui et exhibe une pancarte solennelle. Le Père Maillard, comme il nous l'a dit depuis, s'imagine que ce Père est porteur d'un authentique de reliques. Il lit la feuille, qui contenait à peu près la formule suivante : Connaissant bien votre prudence et les autres qualités dont le Seigneur vous a orné, nous vous nommons et établissons, vous, Père Louis Maillard, Provincial de la Province de Lyon, et vous communiquons dès ce jour tous les pouvoirs et tous les droits que les Constitutions et l'Institut de la Compagnie attachent à ce titre. Donné à Rome le 3 Août 1839. — La pièce portait la signature du Père Roothaan, celle de son secrétaire et le sceau de la Compagnie '. »

I. Biographie du Père Louis Maillard, par le P. Pouget, p. n^. Ljon, Paris, F. Gérard, 1867.

Le Père Maillard avait alors quarante-six ans. La vivacité de ses sentiments éclate dans la lettre par laquelle il accuse réception à son Général d'une dignité à laquelle il était loin de s'attendre : «... Je vous dois, mon Révérend Père, toute la vérité. Je suis encore tout bouleversé, et le serai encore sans doute longtemps, du coup qui me frappe et me terrasse. J'ai peine à me figurer que ce n'est pas là un rêve et une illusion. Moi, si incapable de conduire seulement la petite résidence de Toulouse, comment diriger la Province et l'administrer? Ah ! s'il en est encore tem.ps, je me jetterais à vos pieds pour détourner un tel orage et épargner à cette chère Province de Lyon le malheur de mon inexpérience et de mon incapacité. Je viens du moins vous demander à deux genoux de nous laisser encore quelque temps celui qui a si bien mérité de tous, l'excellent Père Renault. Il sera mon conseil et mon guide dans un chemin si nouveau pour moi et si difficile. » (21 Août 1839.)

Cette humilité, qui s'exprimait ainsi de façon un peu excessive, était au fond très sincère. Lors de la constitution de la Province, le Père Maillard avait d'abord été désigné comme socius du Père Renault, ce qui était une manière de le préparer comme son successeur. Mais il était dès lors si entraîné par les occupations du ministère, il se sentait tellement fait pour l'action et si peu pour l'administration qu'il crut devoir exposer ses répugnances, et il ne fut pas donné suite au projet. Cependant telle était l'opinion commune à son sujet que sa nomination à la charge de Provincial ne surprit et n'affligea que lui seul. « Votre Paternité, écrivait au Général le vénérable Père Druilhet, ne pouvait faire un plus heureux choix, tant il est agréable et cher à toute la Province. Nous regrettons sans doute le Père Renault, dont le zèle, la régularité, la charité nous avaient constamment édifiés ; mais le Père ^Maillard est plus connu, plus aimé. Tout annonce un gouvernement doux et ferme à la fois. C'est le sentiment commun que je transmets à Votre Paternité. » (29 Septembre 1839.)

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