‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 146 sur 382 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

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Le grave Père Gury accentue Féloge; il écrit à la suite de la première visite du nouveau Provincial: «...Son air ouvert, sa rondeur, ses manières affables sont propres à dilater les cœurs. Son coup d'oeil juste en général, sa facilité à s'énoncer et à expédier en peu de temps une quantité d'affaires surprennent ceux qui ne le connaissent pas... Le Père Renault était absorbé par son office ; il y employait même souvent les récréations et une partie de la nuit. Le Père Maillard a l'air de n'y pas toucher... Avec les occupations de son emploi, il trouve le temps de remplir des stations de Carême et d'entendre chaque semaine un grand nombre de confessions. » (15 Juin 1840.)

Dix ans plus tard, le Père Maillard, alors Provincial de Lyon pour la seconde fois, expliquait lui-même à son Général comme quoi, sans détriment pour les obligations de sa charge, il trouvait encore le moyen de se livrer aux travaux du ministère sacerdotal: «...Si je n'ai pas placé en hiver quelques-unes de mes visites, c'est que, jusqu'à l'an dernier, j'avais toujours prêché Avent et Carême et dans l'intervalle donné quatre ou cinq retraites. Il faut bien dire encore que j'ai à Lyon trois ou quatre congrégations à conduire, sans que j'aie pu échapper aux instances de leurs membres et aux désirs de notre cardinal... Mais que Votre Paternité se rassure. Ces œuvres, quelles qu'elles soient, n'arrêtent pas un instant la correspondance ou l'administration. Pas une lettre qui n'ait sa réponse immédiatement ou presque immédiatement. Rien ne souffre par conséquent dans le gouvernement de notre petite Province; du moins je le crois. Le secret de cela, c'est que depuis vingt ans j'ai tous les jours deux heures de plus que bien d'autres, en ne prenant que cinq heures de sommeil. C'est le mérite de ma bonne constitution et un bienfait de plus de la divine Providence. » (18 Décembre 1850.)

Après avoir gouverné la Province de Lyon pendant neuf ans, le Père Maillard dirigea celle de Toulouse pendant les trois premières années de son existence. Ici et là

les hommes et les œuvres reçurent de lui une impulsion vigoureuse, et l'on peut bien dire sans forcer la note que, par sa belle trempe d'âme, son esprit d'initiative, son imperturbable sérénité et sa rare puissance de travail, il fut vraiment l'homme de la situation dans une période de l'Histoire des Jésuites de France tout à la fois très tourmentée et très prospère.

Quant au Père Renault, il allait rentrer dans la Province du Nord à laquelle il appartenait par sa naissance. Celle du Midi lui devait assurément beaucoup ; il avait présidé à ses débuts avec une autorité très vigilante et très ferme ; mais il faut avouer que l'on sentait dans cette autorité plutôt la force que la douceur. Le Provincial s'imposait à l'estime et au respect plus qu'à l'affection de ses subordonnés. Les correspondances laissent voir que l'on eût désiré plus d'expansion et de cordialité. Le Père Roothaan lui-même se plaignait parfois aimablement au Père Renault du laconisme de ses lettres. La réponse du grave religieux montre qu'il est loin de porter son fardeau avec l'aisance de son successeur: « Je me corrigerai, puisque vous trouvez que mes lettres sont trop courtes. Cependant quelquefois je ne puis faire autrement. Si vous me voyiez, vous auriez pitié de moi. J'ai à peine le temps de faire mes exercices de piété... Je suis bien dans la barque le laborans in remigando, erat enim contrarius venins ; on ne voit pas et on ne soupçonne pas le nombre et la force des vagues contre lesquelles il me faut lutter. » (5 Mai 1838.)

A peine déchargé des soucis du gouvernement, le Père Renault demanda à être envoyé au Maduré. Cette Mission que la Compagnie venait de ressusciter lui promettait beaucoup de souffrances et probablement même la mort à bref délai. C'en était assez pour tenter une âme aussi généreuse. Mais un autre motif encore poussait l'humble religieux à cette détermination. Les emplois qu'il avait remplis jusqu'alors ne lui avaient pas permis d'exercer au dehors le saint ministère. Professeur de Théologie, maître des novices. Provincial, le Père Renault

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