‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 147 sur 382 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

arrivait à l'âge de cinquante ans sans avoir prêché un sermon. C'était bien tard pour débuter; aussi s'estimant désormais inutile en France, mieux valait à son avis consacrer ce qui lui restait de forces à enseigner aux pauvres Indiens infidèles les éléments de la doctrine clirétienne. Ses vœux ne furent pas exaucés. « Les Missions, écrivait le Père Roothaan, c'est pour vous un saint désir. Mais à moins que je ne reçoive d'autres lumières, je ne croispas que ce soit ad 77iajorem Dei gloriam. 5' espère que vous serez plus utile aux Missions d'une autre manière. » Le Père Renault fut en effet chargé d'abord de diriger le Troisième An, la dernière fois qu'il se fit à Saint-Acheul. (1839-1840.) Il fut ensuite attaché à la maison de Paris en qualité de Père spirituel. C'est là que fut mise à une épreuve douloureuse cette défiance de lui-même qui lui avait fait souhaiter d'aller finir dans une Mission lointaine. Son Supérieur ayant voulu le charger de quelques prédications, le Père Renault ne se sentit pas le courage nécessaire pour aller de l'avant. Il allégua son âge, son manque de préparation ; le Supérieur ne put venir à bout de sa timidité ni de ses répugnances. Le Père Roothaan mis au courant de l'affaire, adressait à l'ancien Provincial une admonestation délicate dans les termes, mais très nette et très ferme dans le fond : « Croiriez-vous, mon Père, lui écrivait-il, qu'il me vient même la pensée de regretter que vous n'ayez pas accepté les sermons pour lesquels on vous avait destiné? Si, après avoir présenté vos difficultés, vous aviez abandonné au Supérieur toute l'affaire, et si, lui persistant, vous vous étiez lancé tout bonnement, avec la forte confiance en Dieu, qui sait? Peut-être auriez-vous fait un grand bien : Quia non erit irnpossibile apud Deum onine verbiim. En tout cas vous ne pouviez qu'y gagner, puisque la discrétion, disait notre Père saint Ignace, n'appartient pas à celui qui obéit Mais c'est assez. Et toujours est-il que je n'approuve pas du tout ces Supérieurs qui demandent à leurs sujets, sans discrétion, l'héroïsme. » (14 Mars 1842.)

Le Supérieur que visaient les derniers mots du Père Général n'était autre que le Père Loriquet. Quelques mois auparavant, il avait été appelé à succéder au Père Boulanger dans le gouvernement de la maison de Paris. « Votre Paternité, écrivait-il à ce propos au Père Roothaan, vient de m'imposer un fardeau auquel je ne m'attendais nullement et dont je me croyais quitte à tout jamais, dans la persuasion où j'étais qu'à mon âge il n'y a plus rien de mieux à faire que de mettre, s'il se peut, ses comptes en règle et de se préparer au grand voyage. » (31 Octobre 1841.) Le Père Loriquet avait alors soixantequatorze ans et il venait de célébrer son cinquantième anniversaire de sacerdoce, « une fête, disait-il, qui ne revient pas deux fois dans la vie ». Mais la vieillesse n'avait guère ralenti sa dévorante activité; il avait peine à comprendre que d'autres plus jeunes que lui fussent moins entreprenants, et c'est ainsi qu'il lui arrivait de demander à ses inférieurs ce qui pour eux n'allait pas sans quelque « héroïsme ».

Quant au Père Renault, la glace était désormais rompue. Supérieur dès l'année suivante de la résidence de Quimper, puis à Paris et à Lille, on le vit prêcher Missions, stations de Carême et d'Avent, octaves d'adoration, sermons de circonstances, comme un ouvrier apostolique prêt à tout et que rien n'étonne. Pendant près de quinze ans, il fut un des prédicateurs de retraites pastorales les plus appréciés, tant pour la solidité de sa doctrine que pour l'autorité que son caractère et son expérience donnaient à sa parole '.

Nous avons dit comment le Père Roger, bien que Nor-

I. Le P. Renault passa les quatre dernières années de sa vie dans les collèges de Vaugirard et delà rue des Postes, où il exerçait les fonctions de Père spirituel. Il mourut le 8 décembre 1860, âgé de 7a ans. Le P. Guidée a écrit sa Vie, sous le titre de Notice historique sur le li. P. François Henault. In-i 2 de 255 pp. Paris, Douniol. 1864.

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