CHAPITRE VI
résidence nous fournit de travail... Le pèlerinage est en toute saison également fréquenté et nous présente une moisson continuelle. » (9 Octobre 1843.)
D'autre part l'espérance caressée par le Père Maillard au moment où il annonçait la prise de possession du poste de F'ourvière ne devait pas tarder à se réaliser. Sans doute la maison de la rue Sala avait un quartier réservé pour les retraitants. Deux fois par mois, de juillet à octobre, et une fois par mois le reste de l'année, on y recevait pendant une semaine de petits groupes de prêtres qui y venaient suivre les Exercices spirituels. Parfois même des hommes du monde y faisaient quelques jours de récollection. Par exemple, nous voyons dans le Diaire signalée deux fois en 18381a présence de « Monsieur Ozanam ». Mais combien la résidence de la sainte colline serait plus attirante ! L'espace, la solitude, un horizon splendide, le voisinage du sanctuaire, on y trouvait réuni tout ce qui aide l'âme à s'élever et à se recueillir. Aussi n'y eut-il pas d'hésitation. Avant la fin de sa première année d'existence la maison de Fourvière allait devenir la Domus exercitiorum. Le Père Cauneille, procureur de la Province, chargé d'aménager les locaux, en donne la nouvelle au Père Général dans une lettre du 26 Avril 1842 : « Notre maison va être prête à recevoir des retraitants. Nous pourrons en loger une vingtaine à la fois. Nous commencerons, j'espère, la première retraite, vers la fin de Juin. »
Désormais le courant s'établit, et il ne sera jamais complètement interrompu. Ce sont les prêtres qui viennent d'abord; les laïques ont plus de peine à s'ébranler ; pendant les premières années on se plaint de leur absence ; mais peu à peu ils prennent eux aussi l'habitude de se retremper dans les Exercices spirituels. Le nombre des retraitants n'atteint jamais de bien gros chiffres ; les correspondances de l'époque en comptent parfois jusqu'à douze et quinze en même temps. La retraite fermée n'est pas encore entrée dans les mœurs, et d'ailleurs quand il
s'agit d'aller au désert s'occuper des seuls intérêts éternels, on pourra toujours dire qu'il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus.
A Toulouse plus encore peut-être qu'à Lyon la Compagnie de Jésus se voyait alors poussée par un vent favorable. Le Père Druilhet, que ses fonctions avaient mis à même de bien connaître toutes les maisons qu'elle possédait en France, déclarait que nulle part elle n'avait trouvé plus de sympathies ni une plus généreuse assistance que dans la vieille capitale du Languedoc. Une preuve enlre beaucoup d'autres, c'est à Toulouse, dans la modeste église de la rue de l'Inquisition que, pour la première fois en France, depuis la suppression de la Compagnie, on osa prêcher le panégyrique de saint Ignace, le 31 juillet 1841.
Au moment de la séparation des Provinces quatorze religieux, dont huit prêtres, formaient le personnel de la résidence; rien ne saurait mieux donner l'idée de son activité que ces quelques chiffres qui résument le bilan de ses œuvres pour l'année 1835-1836. Environ 50.000 confessions ordinaires et 1.800 confessions générales; 8 stations en ville; 12 retraites pastorales; 26 retraites de communautés religieuses; 150 retraites privées, de prêtres pour la plupart.
Le Père ISIichel Leblanc, maintenu depuis le premier jour dans la charge de Supérieur, ne se plaint dans sa correspondance que d'une seule chose; les Pères ne suffisent pas à la tâche qui s'offre à eux : « On nous désire beaucoup dans les diocèses circonvoisins, où des Missions seraient bien nécessaires; mais nous ne sommes pas assez d'ouvriers, et au petit nombre de ceux que nous avons rhanque une formation suffisante... On nous témoigne en général beaucoup de confiance; le nombre des pénitents augmente tous les jours... » (7 Novembre 1836.)