‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 164 sur 382 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sujets que j'ai reçus à Fribourg. » (24 Septembre 1834.) Amédée de Damas, encore un élève de Fribourg, fils du baron de Damas, ancien ministre de la Restauration et gouverneur du duc de Bordeaux ; le Père de Jocas le caractérise ainsi : « Exquis sous le rapport des qualités du cœur, il montre à dix-sept ans un jugement et une maturité bien rares à cet âge » ; François-Xavier Pailloux, futur bâtisseur d'églises qui, sans être des chefs-d'œuvre, ont bien leur mérite, etc. ^

Nombre de jeunes prêtres se sentaient attirés vers la famille de saint Ignace mais ne pouvaient obtenir l'autorisation de quitter leurs diocèses. Les documents n'en signalent pas moins de dix, arrêtés ainsi à la porte du noviciat d'Avignon en la seule année 1838, Ce n'est pas la première fois et ce ne sera pas la dernière que nous rencontrerons cet obstacle mis par les évêques au recrutement de la Compagnie. Bien que peu défendable au point de vue du droit, cette opposition s'appuyait de motifs respectables. Indépendamment du manque trop réel de prêtres dans certains diocèses, c'était d'ordinaire chez des sujets d'élite que se manifestait la vocation religieuse ; il devait en coûter aux évêques de se priver des services de prêtres comme ceux dont le Père de Jocas mentionne l'entrée au noviciat, dans une lettre du 30 octobre 1840. L'abbé Victor Charignon appartenait au clergé de Valence et avait été pendant plusieurs années professeur de Théologie^; l'abbé Contamin était Supérieur d'un petit séminaire du diocèse de Grenoble qui lui devait sa prospérité. Autant en faudrait-il dire de trois autres prêtres, assurément des plus distingués dans leurs diocèses respectifs, les abbés Jean-François Poncet, Alphonse

1. Ont été publiées les biographies du P. Fr.-X. Gautrelet, par le P. J. Burnichon, Paris, Retaux, 1896; du P. Albéric de Foresta, par le P. Rég-is de Ghazournes; du P. Gabriel Bouffîer, par le P. Albàn Martel; du P. Nicolas Tissier, sans nom d'auteur Lyon, Vitte, 1896.

2. "Le P. Victor Charignon, né le 10 novembre 1802, admis au noviciat d'Avignon le 19 août 18/40, partit pour la Mission du Maduré et y mourut en iS^S, peu après son arrivée.

Gorail et Pierre Jeanjacquot, que l'on voit arriver en 1842 au noviciat d'Avignon. Malgré ces entraves le progrès ne se ralentissait point. Jusqu'à la malheureuse secousse de 1845, le chiffre des novices scolastiques se maintient autour de quarante, sans même que l'envoi d'un essaim à Toulouse le fasse sensiblement diminuer.

Cependant l'hôtel de Galvière, où l'on avait installé en 1824 le noviciat à sa naissance, devenait trop étroit pour le nombre de ses habitants. Après la terrible inondation de 1840, il fut un instant question de le transporter dans un autre local; pour cette fois la négociation n'aboutit point. Depuis plusieurs années on se voyait obligé d'envoyer la petite colonie respirer pendant l'été un air plus salubre. L'austère Père Gury lui-même, tout en gémissant d'une délicatesse qu'on n'avait point connue à Montrouge, la jugeait nécessaire. « Les novices avec leur Père Maître, écrivait-il, vont passer deux mois dans la maison de campagne que nous avons à Aix; ils ne pourraient rester ici, à l'étroit comme ils sont, sans compromettre leur santé. » (15 Juin 1840.) Le Père de Jocas pourtant paraît avoir eu quelque scrupule à cet égard. Il écrivait le 20 juillet 1841 : « Nous avons renoncé, au moins pour celte année, au pèlerinage de Saint-Joseph. Il semble en effet que c'était chose un peu forte qu'une communauté tout entière se transportât tous les ans à quinze lieues d'ici, pour y établir ses quartiers d'été. Il eût été plus simple assurément de louer non loin d'Avignon, voire même d'acheter une maison de campagne. Peut-être la chose serait-elle exécutée, sans un malentendu. J'espère que l'affaire se renouera. On ne peut se dissimuler que les santés de nos jeunes gens exigent cette mesure; ce n'est qu'à force de soins que l'on parvient à les conserver, et grâce à Dieu, je n'en suis pas avare. Le Père Piecteur avait peur que la formation religieuse n'en souffrît; mais s'ils viennent à mourir ou à traîner plus tard dans les infirmeries des scolasticats, qu'y gagnerons-nous * ? »

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