CHAPITRE VI
Cette année en effet les novices trouvèrent à Saint- Chamand, dans la banlieue d'Avignon, ce qu'ils seraient allés chercher à Saint-Joseph du Tholonet. Le Père Roothaan félicitait le Père Gury de cette acquisition « bien nécessaire ». « Le bon Dieu qui l'a facilitée, ajoutait-il, fournira aussi, il faut l'attendre de sa paternelle Providence, les moyens de la payer. » (20 Février 1842.) La Providence confia ce soin à la famille d'un jeune religieux, le Père Pie de Plaças, ordonné prêtre cette année même et qui célébra sa première messe dans l'oratoire de la nouvelle maison de campagne.
Saint-Chamand devait d'ailleurs prendre une place considérable dans l'histoire des Jésuites à Avignon; à plusieurs reprises on y installa une communauté plus ou moins nombreuse. Dès 1843 l'habitation agrandie et complétée par une chapelle fort convenable donnait asile à un groupe de jeunes étudiants formant ce que l'on appelle dans la Compagnie le cours de Rhétorique ou Juvénat. D'après l'usage, le noviciat achevé, deux années devaient être consacrées à létude des grammaires et des littératures, comme préparation immédiate au professorat. Ce cours n'avait pu jusqu'alors être organisé que d'une manière incomplète et intermittente. C'était une lacune que le Père Maillard à peine entré en charge s'appliqua à combler. Il écrivait le 16 septembre 1840 : « A tout événement, nous renforçons les premières études pour préparer autant que possible des hommes capables, littérateurs, prédicateurs, théologiens, philosophes. C'est pour cela aussi que nous exigeons rigoureusement que tous nos jeunes prêtres, placés dans nos résidences, soient sérieusement occupés à la composition de discours et sermons, en sorte qu'on ne les envoie prêcher qu'autant qu'ils soient prêts et bien prêts. » Une lettre du Père de Jocas appuie sur ce besoin de préparation : « On devient, dit-il, de plus en plus exigeant pour les ministères, d'où la nécessité plus urgente que jamais d'une solide formation. » Et à propos du Juvénat, il insiste pour qu'il ne soit pas
réduit à une seule année : « Une année, c'est bien peu pour des jeunes gens dont les études ont été souvent incomplètes. » (28 Juin 1844.)
Toutefois le sage maître des novices n'entend pas que le noviciat soit écourté au profit de la Rhétorique. Le Père Maillard avait tout d'abord, paraît-il, cédé à l'empressement qui lui était naturel; on lui fit comprendre qu'il était allé trop vite. Le Père de Jocas en donne avis discrètement dans sa correspondance avec le Père Général : « Quant aux novices de seconde année, le R. P. Provincial est revenu sur l'idée qu'il avait eue d'en faire des rhétoriciens de première année. J'en suis bien aise. Les mettre tous en Rhétorique, c'était selon moi courir la chance de ne pas former chez le plus grand nombre l'esprit religieux et ôter aux novices de première année un des plus puissants moyens de les former eux-mêmes, le contact habituel avec ceux qui les ont précédés au noviciat. Ils ne seront donc plus rhétoriciens de première année; mais on leur a ménagé tout simplement quelques moments dans la journée pour repasser leurs auteurs grecs et latins et se mettre en état d'entrer en Rhétorique aussitôt après leur noviciat. » (30 Octobre 1840.) Le Juvénat établi tout d'abord à Avignon même, en 1839, à la place laissée vide par le départ des Pères du Troisième An, se dédoubla l'année suivante. Les Rhétoriciens de seconde année furent transférés à Aix et de là à Dôle (1841). Mais on se rendit compte bien vite que la séparation n'était pas avantageuse. Les deux cours furent donc réunis à Saint-Ghamand, qui devint ainsi une véritable maison d'études, sous la direction du Père Paulin Abelle, lequel au témoignage du Père de Jocas était « tout à fait l'homme de la situation ».
A ce moment la Province de Paris possédait son Juvénat installé dans la maison de campagne du collège de Brugelette; il avait à sa tête un maître éminent. Littérateur érudit, écrivain élégant, poète à ses heures, le Père Arsène Gahour était, on peut le dire, quelque peu en avant sur ses confrères. Son enseignement débordait