CHAPITRE VII
eût entendu bien d'autres c^tV^/f^/ si le Père Barrelle n'eût dominé et arrêté cet élan ».
Il réussit moins bien, lorsque, à quelques mois de là, il se mit en route pour se rendre à Lyon où on venait de lui assigner sa résidence. Les congréganistes de Sainte- Anne n'entendaient pas qu'on leur enlevât leur directeur; elles entourèrent la diligence et déclarèrent qu'elle ne partirait pas que le Père Barrelle ne fût descendu. 11 dut s'exécuter, et une députation fut envoyée à Lyon auprès du Provincial. Le Père Maillard ne put tenir contre tant d'éloquence et de dévouement. Il accorda un sursis, et l'année suivante le Père Barrelle quitta Marseille sans donner avis de son départ. Après lui l'association passa aux mains du Père Jean Calage qui devait la diriger pendant près de quarante ans ; humble et persévérant cultivateur, il fit produire au champ qui lui était confié de merveilleuses moissons. Nous aurons à en parler plus tard.
La congrégation de Sainte-Anne ne fut pas la seule œuvre de zèle fondée par le saint religieux pendant son séjour à la Mission de France ; les femmes furent chargées de lui amener leurs maris; eux aussi furent enrôlés dans une association pieuse, qui s'appela la « Conférence de Saint-Joseph ». Au bout de quelques années, elle ne comptait pas moins de deux mille membres. Pendant près d'un demi-siècle elle a été comme un foyer ami où des multitudes d'hommes du peuple sont venus entretenir et réchauffer leur vie chrétienne.
On ne peut se dispenser de mentionner encore la « congrégation de la Sainte-Enfance », autre invention, si l'on peut dire, de la tendre piété du Père Barrelle. Au cours de la station de l'Avent de 1843 dans l'église de Saint- Martin, il avait imaginé de réunir les tout petits, ceux et celles qui n'avaient pas plus de cinq ans, et il leur parlait du bon Jésus de manière à ravir ces âmes fraîches. « Nul, dit son biographe, s'il ne l'a entendu en semblable circonstance, ne peut se faire une idée de l'attrait naïf de
ces instructions. » Aussi eut-il un succès incroyable. Il va sans dire que, par-dessus les têtes des bambins, le catéchiste savait lancer, sans qu'il y parût, la leçon à l'adresse des mères et des grandes personnes qui encadraient l'auditoire. Celte fois encore l'heureuse initiative du Père Barrelle eut pour conséquence une congrégation : congrégation à la physionomie originale et charmante, qui se réunissait le jeudi de chaque semaine dans l'église de la résidence et dont l'histoire abonde en traits gracieux et parfois à peine croyables. Le Père Corail, qui dirigea l'œuvre après le fondateur, en a recueilli plusieurs dans un Rapport qu'il publia en 1848.
A une autre extrémité, si l'on peut parler ainsi, de l'activité apostolique, nous devons signaler la retraite mensuelle pour les prêtres. Elle avait été établie à Marseille vers 1830 par un vicaire général, l'abbé Chaix, dont la mémoire est restée en vénération. Dès l'arrivée des Jésuites, on les pria de se charger de ce ministère important entre tous. La retraite se faisait au petit séminaire. « Les prêtres s'y réunissent, dit une lettre du Père Pitron, ordinairement au nombre d'une trentaine ; ils y passent la journée entière. C'est le Père Barrelle qui leur donne les exercices. Plus tard nous les réunirons probablement chez nous. » (12 Janvier 1843.) Effectivement à partir de janvier 1844, la retraite mensuelle du clergé marseillais se fit chez les Jésuites. Ils la considéraient dès lors comme une de leurs œuvres capitales, et ils n'ont pas cessé de l'y maintenir jusqu'au jour où ils ont été eux-mêmes expulsés de leur maison.
La Compagnie de Jésus avait vraiment trouvé à Marr seille un accueil sympathique. Dès les premières années la résidence devint le centre d'un ministère extrêmement actif. Après chacune de ses visites, le Père Maillard en exprimait sa satisfaction sur un ton presque enthousiaste : «... Prédications, confessions, retraites, directions, congrégations, nos Pères ont ici entre les mains et ils emploient tous les moyens de zèle de l'Institut... La résidence