CHAPITRE VII
a surtout deux grandes œuvres, la retraite mensuelle des prêtres et la congrégation des Messieurs. J'ai vu les principaux membres de cette congrégation. J'ai été singulièrement édifié et touché de leur zèle pour les œuvres qu'ils embrassent et de leur vraie affection pour nous. » (28 Mai 1841.) « Douze ou quinze bons ouvriers auraient ici de l'occupation incessante. Des œuvres de tout genre y abondent : congrégation des Messieurs, des Enfants de Marie, du Cœur Immaculé, des jeunes gens, des ouvriers, des femmes de la halle, des servantes, des petits Savoyards. C'est chose étrange que cette facilité du bien au milieu d'un siècle si mauvais, dans une ville de commerce et d'affaires, livrée en proie à l'agitation et à l'intérêt. » (25 Juin 1844.) « Cette chère résidence de Marseille est véritablement unique en son genre... C'est comme une grande Mission en permanence... Ici toutes les œuvres s'exercent largement et librement comme dans le pays du monde le plus libre et le plus catholique... » (23 Juin 1845.)
Si les Jésuites étaient heureux de pouvoir ainsi se dépenser au service de toutes les classes de la population, la charité marseillaise se montraiten retour libérale envers eux. Dès 1841, la seconde année après leur établissement, le Supérieur pouvait écrire que les agrandissements et les embellissements de l'église devenue insuffisante avaient été exécutés sans frais pour la résidence. Mieux encore, la maison louée tout d'abord avait été achetée et payée. Cependant elle convenait mal à une installation définitive ; elle était à quatre ou cinq cents mètres de distance de l'église; pareil trajet imposait une gêne sérieuse et entraînait des inconvénients de toute sorte. On voit dans la correspondance du Père Pitron qu'il avait jeté son dévolu sur un immeuble contigu à la Mission de France; mais le propriétaire, se prévalant de cet avantage et du besoin qu'on avait de sa maison, élevait ses prétentions à une hauteur décourageante. L'achat fut néanmoins conclu au fort de la tempête de 1845, et dès l'année
suivante on entreprit les aménagements et constructions rendus nécessaires par l'augmentation du personnel et le développement des œuvres de la résidence'. Les Supérieurs majeurs n'étaient pas sans inquiétude sur les dépenses dans lesquelles on se trouvait engagé ; mais enfin les Jésuites n'eurent pas à se repentir d'avoir compté sur la largeur de cœur de leurs amis de Marseille. C'est en considérant le bien qu'il fut permis à la Compagnie de faire dans cette grande ville, et celui qui lui fut fait à ellemême, que le Père Maillard avait coutume de dire : « En vérité si nous n'étions pas reconnaissants, nous serions bien ingrats. »
La première part dans cette reconnaissance revient à l'évéque, Mgr Eugène de Mazenod, qui ne cessa de témoigner à la famille de saint Ignace la plus parfaite bienveillance. Nous citerons seulement à ce propos un passage de la correspondance du Père Pitron avec son Général. C'est à un moment où, comme il dit, « malgré l'orage universitaire, les Jésuites jouissent à Marseille d'une paix profonde... Mgr me communique confidentielle-ment tout ce qui nous intéresse dans la question actuelle. Il me lit même sa correspondance avec le Gouvernement. Ce que j'y ai trouvé de plus remarquable, c'est sa lettre au Roi..., puis sa récente réponse au ministre des Cultes, touchant la Compagnie et notre résidence. C'était une véritable apologie, pleine de force, de clarté et de raison. » (12 Janvier 1843.)
La fondation de la résidence de Bordeaux est antérieure de deux années à celle de Marseille. Le petit établissement, tenté à la suite des Ordonnances de Charles X sous la protection de Mgr de Cheverus, n'avait pas résisté
I. En 1845, la résidence de Marseille comptait 8 Pères et 5 Frères coadjuteurs, au lotali3 religieux. Genombre alla grandissant quand on eut pris possession du nouveau local; il était en i85o de 20 religieux dont i3 Prêtres.