‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 177 sur 382 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

à la secousse de 1830. Les Pères s'étaient repliés sur Toulouse et le Passage. Mais la Compagnie de Jésus avait laissé des regrets dans une ville qui l'avait vue à l'œuvre pendant quatorze ans. Le Père Renault raconte comment elle y fut rappelée sur la fin de 1837 :

« Depuis longtemps, un bien digne prêtre, vénérable vieillard, M. Morel, chanoine de Bordeaux et grand vicaire, avait l'intention de nous donner sa chapelle ouverte au public dans le quartier le plus central et le plus paisible de Bordeaux. 11 a fait bâtir cette chapelle, et elle tient tellement à sa maison que l'on va des deux étages aux tribunes correspondantes. Cette maison est très petite, mais on a l'espérance fondée de pouvoir l'agrandir par l'acquisition de deux ou trois maisons contiguës. Tout cela réuni ferait un carré avec jardin... Le nouvel archevêque m'a invité à venir à Bordeaux et il nous prie d'accepter cette résidence dès cette année. Au fait, on ne peut différer sans tout compromettre. J'ai donc accepté, sauf l'approbation de Votre Paternité. Mgr ne demande que trois Pères pour commencer. Je pense nommer comme Supérieur le Père de Ravignan, très avantageusement connu à Bordeaux par sa famille et par l'Avent qu'il a prêché l'année dernière à la cathédrale. » (30 Septembre 1837.)

La réponse du Père Roothaan est datée du 13 octobre. 11 approuve pleinement la conduite du Provincial et fait seulement une réserve en ce qui concerne le choix du Supérieur, réserve d'ailleurs tout à l'honneur du conférencier de Notre-Dame. Le Père Général paraît craindre que cette nouvelle charge ne nuise à une mission qu'il considère comme plus importante. — « Au reste, ajoute-t-il, comme le Père de Ravignan est un excellent religieux, vous n'aurez qu'à lui recommander vous-même, et à lui recommander de ma part, de faire de la composition de ses conférences son objet principal, et dès lors je serai tranquille. »

Ce nouvel archevêque auquel la Compagnie de Jésus est redevable de son rétablissement à Bordeaux n'était

autre que Mgr Auguste-Ferdinand Donnet, qui allait y fournir une carrière pastorale si longue et si féconde et dont la pourpre romaine devait plus tard récompenser le mérite. Il n'avait guère que quarante ans lorsqu'il fut transféré de la coadjutorerie de Nancy au siège métropolitain de Bordeaux. (30 Novembre 1836.) C'est au début même de son administration qu'il faisait appel aux fils de saint Ignace pour travailler dans son vaste diocèse. « 11 nous est franchement favorable, écrit le Père de Ravignan, par zèle et par conscience. » Comme gage de cette faveur le prélat avait dès l'abord fait expédier au Supérieur de la petite résidence sa nomination de chanoine honoraire. « J'ai refusé, écrit encore le Père de Ravignan, et il a agréé mon refus et mes raisons. » A quoi le Père Général répond : « Vous avez fort bien fait, car nous devons éviter jusqu'à l'ombre de tout ce qui touche même de loin à toute dignité ou prééminence dans l'ordre hiérarchique. » (16 Novembre 1837.)

Une lettre du Père de Ravignan datée de ce même jour nous fait connaître les intentions du chanoine donateur: « Dans sa religieuse affection pour nous, M. Morel donne à la Compagnie en pur don, pour une résidence, sa chapelle ou petite église et sa maison. Il veut lui-même dès à présent faire l'abandon et la cession en pleine propriété de la chapelle et de la maison en mon nom. 11 se réserverait sa vie durant — nous l'en avons prié — l'usage de ses appartements et la direction ou administration du matériel de la chapelle... Voici maintenant la condition ou fondation expresse que M. Morel veut très déterminément insérer dans le contrat. Nous serons à perpétuité tenus de célébrer un service ou une messe solennelle pour le repos de son âme au jour anniversaire de sa mort K »

I. Il y a lieu de croire que la condition imposée par l'abbé Morel fut acceptée. Dans la marge de la lettre au P. de Ravignan, on lit ces mots écrits par le P. Rootbaan : A''on impedit. Le vénérable cbanoine mourut en iS/Jg; la chapelle fut alors presque entièrement reconstruite et considérablement agrandie.

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