CHAPITRE VII
La modeste résidence ne se ressentitguère de la furieuse campagne déchaînée alors contre les Jésuites. A la veille de l'expulsion de 1845 trois Pères donnaient à RaLastens une Mission de cinq semaines. Ils prêchaient le Carême à Castres même, à Albi, à Lavaur, à Cahors, et le Supérieur pouvait écrire : « Les bénédictions du ciel accordées à nos ministères ont été cette année, sans doute à cause des persécutions, plusabondantes que jamais. » (13 Avril 1845.) « Nous avons bien ici, disait-il dans la même lettre, quelques ennemis; j'ai su même qu'ils ont essayé des pétitions pour nous faire expulser; mais les deux députés de Castres se chargent de nous défendre ; le maréchal Soult^ sait parfaitement à quoi s'en tenir à notre sujet, et pardessus tout le Sacré Cœur est notre sauvegarde. Aussi j'espère annoncer à Votre Paternité dans ma prochaine lettre l'heureuse ouverture de notre église qui se fera sans bruit. » Effectivement l'église du Sacré-Cœur fut bénie et ouverte au public en la fête de saint Ignace de cette même année. (31 Juillet 1845.)
La résidence de Dôle pourrait figurer au catalogue des fondations de cette époque; elle était en effet presque éteinte au moment de l'érection de la Province de Lyon, et cette date est pour elle celle d'une véritable résurrection.
Nous avons dit plus haut les rigueurs administratives qui, par un fâcheux privilège, s'étaient acharnées contre cette malheureuse maison. Les correspondances laissent entrevoir une situation désespérée. Le Supérieur, le Père Emmanuel Bayard, avait insinué qu'on ferait bien d'aller chercher ailleurs la liberté de vivre et de travailler.
I. Le maréchal Soult, duc de Dalmatie, était alors président du Conseil des Minisires. Sa famille établie à Castres y était naturellement en grande considération. Nous trouvons dans les Archives de la Province de Lyon la note suivante : « Le maréchal Soult et sa famille ont contribué puissamment à l'établissement de la résidence de Castres, au moins par leur sympathie déclarée. » Les deux députés étaient le marquis de Dalmatie et M. Bernadou.
Le Père Général fait répondre le l**" septembre 1836 : « La Compagnie est depuis trop longtemps à Dôle pour songer à abandonner ce poste, quand même on en offrirait de plus avantageux. » Trois mois plus tard, le Père Renault, après sa visite officielle, fait entendre une note qui sonne comme un glas. « J'ai visité Dôle du 12 au 20 novembre. Ce n'est plus qu'une ombre de résidence... » (8 Décembre 1836). « Après les mesures violentes et arbitraires prises contre nous, il y a près de trois ans, continue le Provincial, l'amour-propre des autorités serait humilié d'une victoire remportée sur elles, si nous paraissions encore dans la chaire de l'église paroissiale. » Mais loin de se décourager, le Père Renault annonce qu'il se propose de renforcer la résidence trop négligée jusqu'alors.
En effet, dès l'année suivante, le Père Henri Delfour était appelé de Lyon pour remplacer le Père Rayard. Le nouveau Supérieur n'avait que trente-quatre ans ; mais un beau talent de parole, joint à l'affabilité du caractère et à une parfaite bonne grâce, lui permit de regagner rapidement pour lui et pour ses frères le terrain perdu. Un revirement se fit dans l'opinion et l'attitude même des plus prévenus. Au bout de quelques mois, le Père Delfour pouvait écrire à Rome : « Tout semble se préparer ici pour un avenir meilleur. J'ai prêché et fait prêcher à laparoisse. Non seulement il n'y a pas eu d'opposition, mais je puis dire qu'il y a eu même de la faveur. On fait plus que nous écouter, on nous désire, on dit du bien de nous et on paraît rougir du passé. M. le sous-préfet jadis si hostile, M. le Maire qui vient d'entrer en charge et celui qui vient de se démettre m'ont rendu visite et m'ont témoigné, je dirai plus que de la bienveillance, de la confiance et de l'amitié. Mgr notre évêque me dit d'aller de l'avant, que le moment est venu...' » (5 Déce.mbre 1836.)
Dès lors en effet la maison de Dôle reprend vie et
I. Sous-préfet de Dôle, Marquiset; maire, baron Bouvier, démissionnaire sur la fin de iSS^ et remplacé par M. Rigolier de Parcey.