CHAPITRE VII
vigueur. La correspondance des Supérieurs, les comptes rendus de la visite provinciale annuelle témoignent qu'il y règne une grande activité et qu'il ne reste plus trace des préventions d'autrefois. Les Pères se succèdent pour les stations dans la chaire de l'église paroissiale. « J'ai prêché le Carême à Dôle, écrit le Père Delfour, et Dieu a daigné bénir ma parole. On a compté plus de trois mille communiants. . . Tout s'est passé dans le plus grand calme ; pas une plainte, pas l'ombre d'une opposition. 11 semble que Dieu se plaise de plus en plus à nous dédommager et consoler de toutes les anciennes tracasseries suscitées à cette résidence. »
A la suite du Carême de l'année précédente prêché par le Père Guillermet, les Jésuites avaient reçu du clergé de la ville un témoignage d'estime et de confiance qui dut leur être précieux entre tous. « M. le curé, lisons-nous dans une lettre du Supérieur, vient de nous remettre le soin d'une congrégation d'hommes fondée et dirigée autrefois par nos Pères, mais qui, depuis 1830, était restée sous la direction de MM. les ecclésiastiques de la paroisse. » (17 Juin 1838.) Mieux encore ; le clergé du diocèse de Saint-Claude et des diocèses voisins s'habituait à venir se retremper à la résidence de Dôle dans les Exercices spirituels. Dès 1838, le Père Delfour pouvait écrire : « L'œuvre principale de cette année, après les Carêmes, a été celle des retraites ecclésiastiques. Celles que nous donnons chez nous ont pris faveur et accroissement. Depuis Pâques jusqu'à la Toussaint les Exercices s'ouvraient régulièrement deux fois par mois et assez ordinairement dix à douze prêtres y prenaient part. Plus de cent prêtres se sont ainsi mis à l'école de saint Ignace. Afin de les recevoir plus convenablement l'année prochaine, nous sommes en train d'aménager un corps de logis. » (13 Novembre 1838.)
Le Père Delfour ne passa que deux ans à Dôle ; les papiers de famille mentionnent un fait sans importance en lui-même, mais qui prouve quelle estime il avait su y
conquérir. Peu de temps avant son départ, le curé-archiprétre et le sous-préfet ayant eu une contestation convinrent de soumettre le litige au Supérieur des Jésuites et de s'en rapportera sa décision. Le Père Delfour envoyé à Aix eut pour successeur à Dôle le Père Théofred Richard, lequel fut à son tour remplacé par le Père Philibert Guillermet, un robuste missionnaire que nous avons vu faire ses premières campagnes aux temps héroïques de Vais et de Lalouvesc. (15 Août 1842.) La petite résidence, qui avait failli quelques années auparavant périr de langueur, atteignit alors son plein développement ; elle ne compta pas moins de quatorze religieux, dont neuf ou dix ouvriers apostoliques en pleine activité de service. La situation de Dôle au point de contact des quatre diocèses de Besançon, de Saint-Claude, d'Autun et de Dijon favorisait le rayonnement de leur ministère. « Ces quatre diocèses, écrivait le Père Guillermet, nous offrent deux fois plus de travail que nous n'en pouvons faire. . . Outre sept retraites pastorales, les Pères de cette résidence ont donné pendant le dernier semestre les Exercices de la retraite dans vingtcinq communautés religieuses et sept Missions... Nous allons partir par groupes de trois pour faire la Mission simultanément dans trois chefs-lieux de canton... D'ailleurs l'esprit public nous est maintenant aussi favorable à Dôle qu'il nous a été contraire, il y a quelques années K »
Parmi les œuvres organisées à la résidence elle-même il en est une qui nous paraît mériter une mention spéciale. Il s'agit d'une congrégation des jeunes filles de la société qui ne se contentaient pas de réunions pieuses, mais qui adoptaient chacune une jeune fille pauvre qu'elles assistaient et instruisaient. Il y avait là un essai de patronage intéressant, dont malheureusement on a négligé de nous faire connaître les résultats. L'essai a été renouvelé en des temps plus rapprochés de nous, non sans un peu de