CHAPITRE Yll
bruit et d'ostentation ; on était allé chercher des modèles en Angleterre. L'œuvre de Popincourt, imitée des settlements de Londres, a eu une existence éphémère, sur laquelle il n'est pas à propos de revenir.
Aux Jésuites de Dole était réservé l'honneur et la joie de restaurer l'antique pèlerinage du ]\Iont-lioland. Nous n'avons pas à faire ici l'histoire du sanctuaire fameux, où le nom du héros légendaire se trouve associé à celui de Notre-Dame. Aucun autre ne fut plus cher à la piété des populations de la Franche-Comté et de la Bourgogne. Pendant des siècles elles y affluèrent par troupes innombrables. Puis vint la Révolution; l'église, le monastère, tout fut saccagé, il ne restait guère à l'époque dont nous parlons que des ruines et des souvenirs. La désolation de ce lieu saint projetait comme une ombre de tristesse sur la ville et la contrée qu'il domine.
Dès leur arrivée à Dôle les Jésuites avaient regardé du côté du Mont-Roland avec une pieuse convoitise, et ils s'étaient promis, si la Providence leur en fournissait le moyen, défaire refleurir le désert. Ils avaient l'assurance que leur entreprise trouverait de généreux concours. Aussi voyant le ciel se rasséréner ils mirent sans plus tarder la main à l'œuvre ; on peut suivre dans la correspondance des Supérieurs les démarches de toute sorte qui furent enfin couronnées de succès sur la fin de 184.3. Le Père Guillermet en envoyait la nouvelle au Père Général avec ses vœux de bonne année au début de l'année suivante : « Les ruines du sanctuaire de Notre-Dame de Mont- Roland, avec l'aile du monastère restée debout et l'enclos, ont été acquis à la résidence le jour même de l'Immaculée Conception, au prix de 16.000 francs. Nous avons été encouragés par la lettre de Votre Paternité du 25 septembre, »
Le prospectus de la reconstruction du sanctuaire était déjà imprimé à cette date et prêt à être lancé à travers les quatre diocèses qui confinent au Mont-Roland. Deux évêques avaient donné leur approbation; on attendait
celle des deux autres. Mais pour cette fois l'affaire parut prématurée. Un nouvel orage commençait à se déchaîner contre les Jésuites. On résolut d'attendre des temps meilleurs. Le prospectus resta dans les armoires, et l'on se contenta de ramener un peu de vie dans les vieilles pierres. Tout d'abord la Madone y fut réinstallée en souveraine. « Le 1*' mai, écrit le Supérieur, nous avons inauguré une belle statue en fonte de la Sainte Vierge. » (1" Juillet 1844.) Puis un corridor fut aménagé en chapelle dans ce qui restait de l'ancien monastère. Au cours de sa visite, le Père Maillard y célébra la messe en l'octave de l'Assomption, o C'était, écrit-il, la première depuis cinquante-trois ans. L'autel de marbre avait été donné par un vieux prêtre qui nous remerciait de l'avoir accepté. Malgré nos précautions pour tenir la chose secrète, un bon nombre de fidèles de la ville et des environs y étaient accourus, heureux de voir rétablir ce pèlerinage jadis si fréquenté... Ce qu'il y a de certain, c'est que la ville de Dôle voit avec bonheur cette résurrection, et qu'elle nous défendrait, le cas échéant, des attaques des ministres. » (24 Août 1844.)
Dès lors la chaîne de la tradition était renouée, les sentiers du Mont-Roland furent de nouveau foulés par le pied des pèlerins ; à certains jours ils y vinrent en foule ; on dressait un abri de verdure pour les recevoir, et l'on y célébrait des solennités touchantes. Mais ce fut seulement sept ans plus tard (1851) que l'on entreprit la construction du gracieux monument qui couronne aujourd'hui la sainte colline. Le Mont-Roland n'est guère en effet qu'une colline, dernier contrefort d'un chaînon du Jura qui s'avance en promontoire dans les plaines de la Bresse charolaise. Il appartient au genre montagne comme Montmartre ou tout au plus le Mont Valérien. Revenons à Lalouvesc ; là nous sommes bien dans la montagne.
Nous avons vu la Compagnie de Jésus reprendre sa place auprès du tombeau de saint François Régis au