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une partie de la nuit, parfois la nuit entière à entendre les confessions; ils prêchaient et confessaient encore pendant les premières heures de la matinée, et ils devaient être de retour dans leur communauté pour le repas de midi. A certains jours de grande presse, on parvenait ainsi à compter jusqu'à trente confesseurs occupés à entendre les pèlerins arrivés de leurs villages à la tombée de la nuit pour s'en retourner le lendemain. On comprend combien les solitaires de Notre-Dame-d'Ay étaient attendus à la montagne et quel désappointement c'était quand ils venaient à manquer. — « Aujourd'hui dimanche, écrit le Père Laurens, leur retraite nous a privés de leur secours; aussi quoique nous ayons confessé toute la nuit, nous avons eu la douleur de voir partir bien des pèlerins qui n'ont pu trouver de confesseurs. » (29 Août 1841.) On comprend mieux encore quelle dut être l'émotion du pauvre Supérieur, lorsqu'il apprit qu'il était question de transporter le Troisième An à Dôle. « C'est une vraie calamité, écrit-il, pour notre résidence à qui il rendait tant de services... Gomment suffire avec nos seules ressources au travail que nous apportent chaque été quatre-vingt à quatre-vingt-dix mille pèlerins?... » Ce sont presque exclusivement de pauvres gens de la campagne qui ne peuvent se donner un peu de liberté que le dimanche ; ils arrivent alors par milliers à la fois et quand ils sont là il faut bien les recevoir. Sans parler des autres, « c'est plus de dix mille confessions générales » à entendre chaque année. (29 Août 1842.)
Le transfert projeté n'eut pas lieu. Le Père Général, en apprenant que le Troisième An serait maintenu à Notre- Dame-d'Ay exprimait sa vive satisfaction. « Il paraît, ajoutait-il, que saint François Régis ne veut pas que les Tertiaires s'éloignent de son tombeau. » (15 Juin 1843.) On fit mieux encore, la maison qui jusque-là n'avait été qu'une annexe de la résidence de Lalouvesc, reçut son autonomie; l'Instructeur du Troisième an, le Père Fouillot, en devint le Supérieur.
On nous permettra de nous arrêter une fois encore devant cette physionomie originale et puissante. Aucun Jésuite français n'a peut-être exercé sur sa famille religieuse une action plus profonde; car on peut dire qu'il a marqué de son empreinte plusieurs générations d'enfants de la Compagnie, en dirigeant pendant tant d'années cette ft école du cœur » où elle leur donne leur formation dernière et définitive. 11 en avait la charge déjà depuis six ans ; mais c'est à Notre-Dame-d'Ay, semble-t-il, qu'il se révèle dans la force du terme l'homme de la fonction. Le témoignage des Pères Provinciaux est à cet égard d'année en année plus explicite et plus formel. « Le Père Fouillot est toujours le même, écrit le Père Maillard; c'est l'homme du Troisième An. S'il avait la santé, comme le talent et le zèle, il serait l'homme rare, l'homme parfait. «(4 août 1842.) Et une autrefois : « Il est vraiment l'homme de la situation, entouré de l'estime et de la confiance de ses tertiaires, les instruisant, les formant à la grande manière de notre Institut. » (24 Mai 1844.) Le successeur du Père Maillard ne parle pas autrement : « Le bon Père Fouillot fait à ces jeunes Pères un bien incroyable; ceux qui ont passé par ses mains ne sont plus reconnaissables... Le Père Instructeur est toujours l'instrument du Saint-Esprit pour briser et transformer. Dieu veuille le conserver longtemps dans un emploi si utile ' ! »
Aussi dès 1842, le Père Roothaan lui demandait-il de rédiger un Mémoire aussi détaillé que possible sur la méthode qu'il suivait dans l'organisation et la direction du Troisième An, afin de faire profiter de. son expérience ceux qui auraient à remplir la même charge. (2 Septembre 1842.) Le Père Fouillot prit son temps que le Général trouva, paraît-il, un peu long ; car il écrivait en accusant réception du Mémoire : « La satisfaction quej'ai eue à lire les cahiers du Troisième An m'a largement dédommagé dé l'attente... J'envie le sort de ces jeunes Pères
I. Le p. Jordan, Provincial de Lyon au R . P. Général, a3 cet. i846j janvier i848.
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qui ont le bonheur de faire ainsi leur troisième Probation. » (5 Mai 1843.)
Au surplus le Père Instructeur et le Père Général étaient faits pour s'entendre; ils avaient l'un comme l'autre le culte des Exercices spirituels de saint Ignace. Pour l'un comme pour l'autre c'est là que se trouve la solide nourriture qui doit former le tempérament du Jésuite; leur correspondance est pleine de cette idée : « Plus je vais, écrit le Père Fouillot après cette grande retraite qu'il a donnée à ses tertiaires près du tombeau de saint François Régis, plus je comprends que toute la vie de la Compagnie prend sa source dans les Exercices. » Aussi, volontiers il résumait ses enseignements et ses exhortations aux Pérès du Troisième An dans cette brève formule : « Soyez les hommes des Exercices. » — Quant au Père Roothaan, on voit dans ses lettres au Père Instructeur comment il conçoit le Troisième An. C'est le cœur plus que l'intelligence qu'il y faut cultiver; c'est l'esprit d'abnégation qu'il y faut acquérir et développer. L'étude de l'Institut qui y tient une si grande place ne sera point tant spéculative que pratique; le religieux y vient apprendre « ses devoirs plutôt que le Droit ». Cet idéal, qui est celui de la Compagnie, fut aussi celui dont s'inspira le Père Fouillot pendant les trente-six ans qu'il demeura en charge. Son expérience s'ajoutant à ses qualités naturelles lui donnait un ascendant auquel on ne résistait guère et qui facilitait beaucoup l'action de la grâce dont il ne voulait être que l'instrument. Un de ceux qui avaient éprouvé au Troisième An cette heureuse influence esquissait ainsi le portrait du Père Instructeur : « Sa droiture et au besoin sa rude franchise, sa vigueur surnaturelle au milieu des épreuves que Dieu lui envoyait, une haute raison jointe à une piété solide, la connaissance profonde de l'esprit de saint Ignace, une parole élevée, substantielle, toujours exacte, et au fond une mâle bonté qui se trahissait à son insu par la douceur de son regard, expliquent la confiance que les Jésuites français, anglais,
américains, allemands, espagnols et belges eurent en lui pendant si longtemps K »
Le Troisième An fut maintenu à Notre-Dame d'Ay de 1839 jusqu'à 1851; à cette date il fut transféré à Notre- Dame-de-Liesse. Dès 1845, on avait dû agrandir quelque peu le local, qui put alors recevoir vingt-quatre Tertiaires. Le charme de cette pieuse solitude, le voisinage de la sainte montagne de Lalouvesc, les essais d'apostolat près du tombeau de saint François Régis, les merveilles de grâces dont on y ét&it témoin 2, tout cela exerçait sur
1. Le H. P. A. de Fonlevoy. Sa vie, par le P. Alexandre de Gabriac. P. II 8. Paris, Baltenweck.
C'est au début de son séjour à Notre-Dame-d'Ay que le P. Fouillot s'adonna à un travail « d'à côté » qui mérite d'être mentionné. Le 19 février 1843, il envoyait au P. Général un vieux manuscrit avec la copie qu'il en avait faite lui-même. C'étaient les notes du B. P. Pierre Lefèvre sur ses méditations, pendant les dernières années de sa vie. Ce manuscrit avait une histoire; il provenait de la bibliothèque de famille du P. de Mac-Carlhy. Le P. deMac-Carthy en avait fait don, avant son entrée au noviciat, au P. Roger. Il eut sans doute péri dans la débâcle de i8i3o, mais le P. Fouillot, qui en connaissait l'existence, alla le déterrer dans la chambre du P. Roger au milieu d'un fouillis de livres et de papiers. II dut faire une petite étude de paléographie pour le déchiffrer ; le manuscrit n'était point l'original, mais une copie presque contemporaine du Bienheureux. Ces notes étaient pour la famille de saint Ignace une véritable relique, d'autant plus que, comme disait le P. Fouillot, on y apprenait comment, avec « la spiritualité du catéchisme, on peut s'élever à la plus haute perfection ». Ces précieuses notes ont été publiées sous le titre de Mcmoriale vitae Spiritualis Ven. P. P. Fabhi. Paris, Gauthier- Villars, 1873.
A signaler encore un autre témoignage de la pieuse activité de l'Instrucleur du Troisième An à Notre-Dame-d'Ay. Une première fois le 2y décembre i846, et une seconde fois le 26 mars 1847, i^ adressa au P. Général un Mémoire sur l'opportunité d'établir une fête de « Notre- Dame du Cénacle ». Cette fête, avec sa liturgie propre, fut effectivement approuvée par le Pape Léon XIII, quarante ans plus tard. (Décrets de la Congrégation des Rites, 10 janvier 1886 et 3o avril 1887.) L'initiative en revient sans conteste au P. Fouillot.
2. Les faveurs miraculeuses obtenues au tombeau de saint François Régis n'ont jamais cessé; elles sont, on peut le dire, innombrables. « Le Seigneur, écrit le Supérieur de Lalouvesc, nous comble de grâces et de consolations en rendant toujours plus glorieux le tombeau de notre <( Saint Père ». Notre Anniislle fera mention de quelques faits, entre plusieurs autres, qui le prouvent. » (6 Juillet i838.) Il ne se passe pas d'année qu'on n'ait à enregistrer authentiquement des guérisons subites de