CHAPITRE YII
l'âme des enfants de la Compagnie un attrait puissant, et tous ceux qui y vinrent recevoir leur dernière formation en gardèrent un délicieux et ineffaçable souvenir. Le Père de Ponlevoy, qui fut de ceux-là, ne pouvait, au dire de son biographe, en parler sans émotion. Il revint plusieurs fois dans le cours de sa vie y faire sa retraite, et un jour, la terminant en la fête de saint François Régis, il écrivait : « Aujourd'hui Lalouvesc est dans toute sa splendeur. Que c'est beau! Les pompes de Paris ne me font rien. Ici tout m'édifie et me console jusqu'aux larmes. »
Les Jésuites n'étaient pas seuls à subir l'attrait de ces lieux bénis. Le 29 août 1841, le Père Laurens écrit de Lalouvesc : « Nous avons eu dernièrement le cardinal archevêque de Lyon pendant neuf jours, ici ou à Notre- Dame-d'Ay, où il a fait sa retraite annuelle. 11 m'a assuré en partant qu'il reviendrait l'année prochaine faire encore sa retraite à Notre-Dame-d'Ay dont le site l'a enchanté. »
Lajeune Province de Paris eut une croissance beaucoup plus rapide que celle de Lyon. Dans les sept premières années de son existence, elle ne créa pas moins de dix résidences nouvelles.
La première en date est celle de Nantes. M. de Courson, prêtre de Saint-Sulpice, Supérieur du séminaire de Philosophie et vicaire général du diocèse, en peut être regardé comme le fondateur. — « C'est lui, écrivait le premier Supérieur, le Père Varlet, qui nous a demandés, qui pourvoit à notre logement, à notre entretien et qui dans ce moment même cherche à nous établir dans une maison plus vaste, avec grand jardin, et, s'il est possible,
malades et d'infirmes. El, comme le fait observer l'annaliste, beaucoup échappent au contrôle, parce que les braves gens de la campagne, dans leur simplicité, trouvent la chose si naturelle qu'ils négligent de la faire constater.
une église toute proche, laquelle est abandonnée depuis longtemps et qu'il ferait réparer. » (28 Juin 1837.)
Depuis longtemps d'ailleurs l'évéque, Mgr de Guérines, aussi bien que son coadjuteur, Mgr de Hercé, avaient exprimé le désir de voir la Compagnie s'établir à Nantes. Les PP. Varlet et Laurent y arrivèrent au mois d'avril 1837 et s'installèrent dans une petite maison louée pour eux au faubourg Saint-Clément. Dès le mois de Juillet, ils se transportaient à la rue de Goutances, sur la paroisse de Saint-Similien, d'où le nom de missionnaires de Saint- Similien, sous lequel les Jésuites furent connus parmi le peuple pendant les premières années de leur séjour à Nantes. Ils habitaient une assez vaste maison dans le quartier des Minimes, achetée avec ses dépendances au prix de 28.000 francs; c'est dire que le logis n'était guère somptueux. L'abbé de Courson supporta la dépense; mais accablé par les œuvres qu'il prenait à sa charge sans compter, il ne lui fut bientôt plus possible d'aider la résidence autrement que par sa très réelle sympathie. Elle comptait dès lors avec les deux Pères déjà nommés les PP. ArthurMartin et Jacques Millet. Au mois de novembre un cinquième confrère leur fut adjoint, c'était le Père Pierre Labonde. Nous ne craignons point d'exagérer en disant que ce nom est encore à l'heure présente entouré d'une affectueuse vénération par le peuple de Nantes.
Le Père Labonde avait été jusque-là, comme directeur de congrégation à Saint-Acheul et à Fribourg, l'apôtre des enfants ; il allait être pendant quarante-cinq ans à Nantes l'apôtre des ouvriers et des pauvres. Lorsque, en effet, en 1856, les Supérieurs songèrent à l'envoyer dans une autre résidence, l'évéque, Mgr Jacquemet, réclama avec de telles instances qu'il fallut le laisser à son incouiparable apostolat. Le Père Labonde avait été attribué à la nouvelle résidence avec la mission expresse de se consacrer au soin de la classe ouvrière et plus spécialement des hommes. Et il fut, selon la remarque de son biographe, pendant près d'un demi-siècle, confesseur et presque