CHAPITRE VII
exclusivement confesseur d'hommes. Dès son arrivée à Nantes, il avait, pour ainsi dire, élu domicile dans un réduit de l'école des Frères, rue de la Commune, où les classes d'adultes lui amenaient delà clientèle. Au Carême qui suivit il avait déjà préparé à l'accomplissement du devoir pascal près de trois cents ouvriers retardataires et de plus quarante-trois soldats. Dans la suite, Mgr Jacquemet, désireux de favoriser un ministère aussi précieux, lui avait donné la chapelle de la Psallette, attenant à la cathédrale. C'est là que, à toute heure du jour et parfois fort avant dans la nuit, le PèreLabonde recevait les petites gens, les ouvriers, objets de ses préférences, mais aussi des hommes de condition plus élevée, appartenant à toutes les professions libérales, et en particulier bon nombre de prêtres. Il avait établi dans sa chapelle une congrégation sous le titre de « Notre-Dame de la Jeunesse et des Ouvriers » ; il n'y admettait qu'une élite recrutée avec des précautions sévères; mais à cette élite il savait inspirer quelque chose du zèle qui le dévorait lui-même, et elle devenait entre ses mains un excellent instrument d'apostolat.
Cette esquisse serait trop incomplète, si l'on n'}^ ajoutait que le Père Labonde avait ses méthodes à lui, des allures et même un langage qui lui réussissaient, mais qu'il ne faudrait pas proposer en exemple à imiter. On en pourrait dire autant de beaucoup de grands serviteurs de Dieu, qui furent puissants en paroles et en œuvres. Dans le milieu populaire où s'exerça son action, et peutêtre bien grâce à sa manière originale, le Père Labonde connut cette puissance et il avait le droit sur la fin de sa vie de remercier Dieu qui « avait bien daigné se servir de sa pauvre créature pour accomplir des merveilles de conversion » '.
I. La vie de ce vrai fils de saint Ignace a été écrite par le P. Gharruau, sous ce titre : Un apôtre des enfants et des ouvriers : Le B. Père Pierre Labonde. Nantes, Libaros. i884. Né le i'^'" août 1796, admis à Saint- Acheul en qualité d'auxiliaire en 1818, entré au noviciat le i4 septembre 1821, il mourut, le i 5 janvier i883, à Angers, où on l'avait transporté
Le Père Augustin Laurent avait précédé de quelques mois à Nantes le Père Labonde; lui aussi, il devait y passer le reste de sa vie, car pour lui aussi, devant les réclamations épiscopales, il ne fut pas possible au Provincial de Paris de l'appeler ailleurs. Le Père Laurent avait dû acheter par une persévérance méritoire son admission dans la famille de saint Ignace. Voici la petite note que le Père Gury lui consacre dans les Mémoires de Montrouge: « M. Laurent, jeune prêtre du diocèse de Troyes, avait porté pendant quelques mois l'habit de Trappiste. On essaya, mais en vain, d'obtenir la dispense de Rome pour cet empêchement'. Après avoir passé deux ans à Montrouge et y avoir montré beaucoup de ferveur, il eut la douleur de ne pouvoir être reçu dans la Société. »
Le Père Godinot, qui l'avait admis provisoirement au noviciat, croyait pouvoir solliciter une dispense en sa faveur. « Dès son enfance, écrivait-il, l'abbé Laurent avait souhaité appartenir à la Compagnie de Jésus qu'il connaissait pour avoir lu la Vie de ses saints; mais ignorant qu'elle venait d'être ressuscitée par le Chef de l'Eglise et
trois mois auparavant. 11 était âgé de 87 ans. Son corps fut ramené à Nantes. Ses obsèques eurent lieu à la cathédrale : « Pas de tentures à la porte ou à l'intérieur de l'église; deux tréteaux et quatre cierges; c'était tout. Mais dans cette vaste église de Saint-Pierre, quelle afïluence I A Noël ou à Pâques la foule n'est pas plus nombreuse... A la cérémonie funèbre, présidée par le curé de la cathédrale, assistait l'évêque accompagné de ses vicaires généraux ; Mgr a donné l'absoute... Ce religieux si modeste pendant sa vie aura eu après sa mort un cortège triomphal. Les amis qui l'ont accompagné jusqu'au champ du repos étaient bien nombreux; mais si « les chers ouvriers » du Père Labonde n'avaient pas été retenus dans leurs ateliers par la nécessité du labeur quotidien, leur Père vénéré eût été escorté par une armée véritable. » {UEspéiance du peuple, 20 janvier i883.)
I. Les Constitutions de la Compagnie de Jésus lui interdisent d'admettre un candidat qui aurait appartenu à un autre Ordre religieux. Pour couper court aux appréciations par lesquelles on pourrait éluder la défense, il est spécifié qu'il suffit pour l'encourir d'avoir porté l'habit de l'Ordre, ne fût-ce qu'un seul jour. Les motifs de cette interdiction se devinent sans trop d'effort. A défaut d'autres, on peut dire que l'inconalance dans une première vocation fait mal augurer pour la persévérance dans la seconde.