CHAPITRE Vil
pressé du désir de la vie religieuse, il avait fait un essai à la Trappe. » Sans congédier le novice, le Père Fortis ajourna son admission. L'abbé Laurent s'attacha aux missionnaires de la Compagnie, travaillant avec eux et bien résolu à ne s'en séparer que si on le renvoyait. Tous admiraient sa vertu, son dévouement et son aimable caractère. Ses vœux furent enfin exaucés après quatre longues années d'attente. Son admission est datée du 17 décembre 1831. Le Père Yarin, son Supérieur, écrivait quelques semaines plus tard : « 11 l'a reçue avec des transports de joie et de reconnaissance, et sa joie a été partagée bien sincèrement par ceux qui depuis longtemps étaient ses amis. C'est un bien bon ouvrier qu'acquiert la Compagnie. » (13 Janvier 1832.)
Les pronostics du vénérable religieux ne devaient pas être trompés. Le Père Laurent fut véritablement à Nantes le « bon ouvrier » qui pendant plus de trente ans ne sut jamais compter avec sa peine ^
Le Père Varlet, fondateur de la résidence de Nantes, était, lui, un ouvrier de la première heure, ancien Père de la Foi et novice de 1814. Préfet général à Saint-Acheul, puis Supérieur des collèges de Bordeaux et du Passage et enfin, depuis six ans, de la résidence de Vannes, il s'entendait au gouvernement d'une communauté et à gagner l'estime et la confiance des gens du dehors, par une gravité empreinte de douceur et de politesse. 11 ne s'épargnait pas non plus au travail; car nous le voyons, en dépit de ses soixante et onze ans, prêcher la station du Carême en 1840 à la paroisse de Saint-Sauveur de Rennes. C'est lui-même qui en donne la nouvelle avec une bonhomie modeste : « J'ai prêché de façon passable, écrit-il, mais sans succès brillant. » Et il ajoute que le succès fut pour un de ses frères, le Père Hippolyte
I. Cf. Le R. P. Augustin Laurent. Son apostolat dans le diocèse de Nantes, parle R. P. P.-X. Poiiplard, Paris, Retaux-Bray, i888.
Augry qui prêchait en même temps dans le quartier populaire de Saint-Aubin. Si nous en croyons le Père Guidée, « il avait cependant rempli avec talent et succès, pendant plusieurs années, les fonctions de prédicateur dans les premières églises de la capitale »V
Le Père Yarlet dirigea la résidence de Nantes pendant les trois premières années de son existence ; elle reçut alors abondamment les bénédictions de l'humilité et de la pauvreté. Les Jésuites s'occupèrent d'abord des classes les plus déshéritées, môme les plus besogneuses. Avec les ouvriers, les soldats et les pensionnaires du Dépôt de mendicité, ce furent les servantes qui eurent les prémices de leur apostolat. Le prédicateur du Carême de 1838 à la Cathédrale prêcha pour elles une retraite à laquelle elles assistèrent enfouie. Ce fut l'origine d'une congrégation, dite de Notre-Dame de Bonne Garde, qui ne tarda pas à devenir florissante sous la direction du Père Laurent.
Au Père Varlet succéda le Père Delvaux. (2 Octobre 1840.) La résidence avait presque doublé son personnel et elle était appelée à grandir encore ; la maison des Minimes ne pouvait lui suffire ; l'importance et l'avenir des œuvres exigeaient un autre local. Ce fut l'objet des préoccupations du nouveau Supérieur. La Compagnie de Jésus doit à l'esprit actif et entreprenant du Père Delvaux d'avoir pris possession, dès 1842, de son installation définitive à Nantes. Quand il céda la place, sur la fin de 1845, au Père Louis Hilaire, la communauté se composait de treize religieux; ils étaient quinze, dont onze prêtres, sous le Père Solente devenu Supérieur en 1848.
La résidence de Bourges prit naissance la même année que celle de Nantes, et elle aussi eut pour parrain un prêtre de Saint-Sulpice. L'abbé de Champgrand^, ancien