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CHAPITRE VII

élève de Billom, puis de Fribourg, encouragé par l'archevéque, Mgr de Villèle, et par son Supérieur, le vénérable abbé Mollevault, oiFril une grosse partie de sa fortune pour établir la Compagnie de Jésus dans sa ville natale. Au printemps de 1837, les PP. Boulanger et Bayard vinrent à Bourges, et, en attendant d'avoir une maison à eux, ils reçurent l'hospitalité chez un vicaire général, l'abbé Bonnin, lui aussi tout dévoué à la famille de saint Ignace. Parmi les bienfaiteurs qui aidèrent puissamment à cette fondation, elle compte encore les frères d'Haranguier qui, membres de la Congrégation à ses débuts, avaient figuré avec honneur dans le mouvement de renaissance catholique des premières années du siècle. Un ancien monastère de Bénédictines, situé dans la ville basse, parut convenir à l'établissement projeté; l'acquisition en fut faite au prix de 50.000 francs. Ce choix n'était pas heureux; on ne fut pas longtemps à s'en apercevoir. Après avoir dépensé beaucoup d'argent pour rendre habitables des bâtiments ruineux, il fallut au bout de quelques années songer à se transporter ailleurs ^

La résidence de Bourges était officiellement constituée au mois d'octobre 1837 ; le Père Emmanuel Bayard, qui venait de quitter Lalouvesc pour rentrer dans la Province de Paris, en fut le premier Supérieur ; il avait sous ses ordres les PP. Fantin, Pouty et BouUé et deux Frères coadjuteurs. Dès leur arrivée et pendant qu'on accommodait leur logis, les Pères s'étaientlivrés activement au ministère sacerdotal. Le Père Général ayant adressé ses remercîments au nom de la Compagnie à l'abbé de Ghampgrand, celui-ci répondait le 30 avril 1838 : « ... C'est à moi, mon Révérend Père, de vous remercier; car c'est moi qui vous suis redevable et à nos pères de Bourges d'un insigne bienfait. J'ai confiance qu'ils feront beaucoup de bien dans ce diocèse qui a tant besoin de leur secours. J'ai

I. Dans une maison appartenant au chanoine d'Haranguier, rue de la Petite-Armée.

appris avec consolation que leurs soins n'avaient pas été inutiles ni leurs efforts entièrement infructueux. Notre pauvre pays a semblé se réveiller de son assoupissement. Les prédications du Carême à la cathédrale ont été suivies, et un assez grand nombre de personnes se sont approchées de la Sainte Table pendant le temps pascal. Mgr l'archevêque m'écrit qu'il a donné la sainte communion à cinq cents personnes le dimanche des Rameaux, ce qu'il estimait considérable, eu égard au temps et au lieu. »

A toutes les autres causes du dépérissement religieux s'ajoutait en effet dans le Berry, comme dans bien d'autres régions de la France, le rigorisme janséniste du clergé qui semblait prendre à tâche d'éloigner des sacrements le petit troupeau des fidèles non encore gagné par la presque universelle indifférence. Là comme ailleurs, les Jésuites s'appliquèrent à réagir contre cette tendance funeste. Nous voyons dans les documents contemporains que leur apostolat y trouvait plus d'obstacles que dans l'apathie traditionnelle des populations de cette province.

L'administration civile essaya aussi tout d'abord de leur susciter des entraves. Le préfet du département de l'Indre rattaché au diocèse de Bourges n'eut pas plus tôt appris l'établissement des Jésuites en cette ville, qu'il lança une circulaire interdisant aux curés de faire prêcher dans leurs églises « des prêtres étrangers ou missionnaires » i. Malgré tout, comme le disait l'abbé de Ghampgrand, les efforts des Pères ne furent pas infructueux. Les xYnnales domestiques en rapportent plus d'un témoignage consolant. En 1843, le Père Besnoin, un missionnaire de la grande époque, prêchait le Carême à la cathédrale. Il arrivait, écrit le Supérieur de la résidence, le Père Solente, timide et découragé ; on lui avait dit qu' « il n'y avait rien à faire » ; la formule est ancienne. Bientôt pourtant la chaude parole de l'apôtre trouva le chemin des cœurs; les immenses et merveilleuses nefs se remplirent d'une

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