CHAPITRE PUEMlEll
lutte engagée par Lamennais contre le gallicanisme, pas plus d'ua côté que de l'autre on ne gardait guère de ménagement. « Nous pouvons affirmer, écrivait l'abbé Glausel de Goussergues, qu'à Rome M, de Lamennais n'est pas mis au rang des théologiens ; et quant à son système philosophique, nous répéterons un fait déjà connu, que M. de Lamennais ne démentira point, c'est que l'enseignement de ce système est interdit par le Supérieur des Jésuites non seulement dans le Collège romain, mais encore dans tous les collèges de la Société*. » Dans un nouvel écrit publié peu après, l'w ancien grand vicaire » précisait son aflirmation en donnant le texte même des sept propositions interdites -.
A cet argument, auquel manifestement on accordait dans les deux camps une valeur considérable, l'organe du parti mennaisien, le Mémorial Catholique répliqua par un long article intitulé : Éclaircissements sur quelques faits relatifs aux questions théologiques traitées aujourd'hui. Ces éclaircissements consistaient à analyser point par point une lettre écrite, « par une personne que sa position et ses fonctions mettaient à même de connaître parfaitement tout ce qui concerne le régime intérieur de la Compagnie de Jésus », L'Assistant était assez clairement désigné; on s'abstenait toutefois de faire connaître son nom, aussi bien que certaines choses qu'il recommandait à la discrétion de ses correspondants. La lettre était une réfutation virulente des brochures de l'abbé Çlausel. Voici comme elle s'exprimait au sujet du système philosophique : « Parmi les faussetés renfermées dans ces libelles, j'ai remarqué Timpudentmensonge souvent répété de ces propositions que l'on prétend avoir été proscrites par le Général des Jésuites -*. » Puis, en six paragraphes
I. Nouvelles observations sur le dernier écrit de M. de Lamennais, par un ancien grand vicaire. (1826). P. 60.
a. Réflexions sur les écrits de M. l'ahbé F. de Lamennais et sur le Mémorial, par un ancien grand vicaire. (i8iî6). P. 5o.
3. Distincte tamen graviora et mendacia collegi inter quae non omist
numérotés , elle explique comme quoi il n'y a jamais eu de la part du Général des Jésuites ni proscription, ni condamnation contre les propositions qu'on présente comme renfermant le système de Lamennais. Sur quoi le Mémorial concluait : « Si M. Clausel a publié la prétendue condamnation, sans avoir reçu à ce sujet aucune communication des Jésuites français, d'où vient qu'ils ne réclament pas contre cet impudent mensonge? Si au contraire il l'a publiée sur la parole de quelques Jésuites français, comment arrive-t-il que l'on affirme en France ce qui est nié à Rome ? Au point où en sont les choses, il est évident que les Jésuites français ne peuvent se taire... ^ »
Devant cette mise en demeure, qu'allaient faire les Jésuites? Livrer au public l'Ordonnance du Père Fortis? Sans doute on ferait remarquer qu'il ne s'agissait nullement de condamnation; mais ce n'en était pas moins se déclarer ouvertement contre Lamennais; et alors quelles luttes en perspective! Se taire, c'était laisser croire que le Mémorial disait vrai et que son argumentation était sans réplique. La voie était ouverte aux commentaires, et ils ne pouvaient qu'être désobligeants pour la Compagnie, où l'on entrevoyait des dissensions, pour ne pas dire de l'anarchie. Néanmoins les Jésuites crurent meilleur de garder le silence ; le Mémorial s'en autorisa pour publier une Dissertation latine, œuvre de Brzozowski, où les sept propositions étaient expliquées, grâce à d'habiles distinctions, dans un sens défendable. Le titre, arrangé sans doute par Lamennais en personne, prenait à lui Seul la valeur d'un formidable argument : Eclaircissements sur sept propositions que certaines gens affirment faussement avoir été condamnées par le Préposé général des Jésuites. Par un ancien professeur de Philosophie de la Compagnie de Jésus 2.
impudens mendaciuin saepius iteratum de proscriptis quibusdam assertionibus a Praeposito Generali Jesuitarum .